PP#7 — Architecture et limites planétaires

Le groupe RBR-T interroge la forme, la matière et les processus de conception de l'architecture face aux limites planétaires, entre sobriété et nouveaux imaginaires.

Un texte de Emilie Hergott & Cédric Borel — P'tit Papier n°7, coédité par dixit.net et l'association Transitions Urbaines. Publié sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0.

Couverture de la version papier

À l'heure où la prise en compte des limites planétaires devient nécessaire, il reste difficile de percevoir l'ampleur des changements à opérer dans les pratiques de projet architectural. Si l'enjeu carbone a bien été intégré par la RE2020 aux côtés de l'énergie, il est tout aussi essentiel de composer avec la finitude des ressources fossiles, le cycle de l'eau, les climats futurs et les besoins des vivants non humains, comme avec les mobilités induites. Issue des travaux du groupe RBR-T (Réflexions Bâtiments Responsables et Territoires), groupe prospectif du plan bâtiment durable, cette note d'Emilie Hergott et Cédric Borel tente de dégager les lignes de force d'une transformation en cours, ainsi que des propositions pour que l'architecture, synthèse culturelle et technique d'une époque, puisse y prendre sa part.

Une nouvelle architecture naîtra-t-elle de ces nouvelles contraintes ? Quels sont les signes de cette nouvelle architecture dans la production actuelle ? Les processus de conception sont-ils adaptés à cette nouvelle donne ?

Si la réglementation, depuis la RE2020, indique une incontournable contrainte carbone avec des seuils de plus en plus exigeants, les enjeux des limites planétaires appliqués au secteur du bâtiment peuvent se traduire en quatre injonctions qui contiennent toute la transition à mener : réussir une forte intensité de l'usage des bâtiments et ainsi diminuer proportionnellement le besoin bâtimentaire net de l'humanité ; assurer la résilience du bâti existant et neuf aux effets du dérèglement climatique ; consommer moins (juste assez) et consommer mieux (renouvelable) l'énergie, l'eau et la matière ; et enfin soigner le lien au vivant. Si tous les grands acteurs de la maîtrise d'ouvrage comme de la maîtrise d'œuvre ont intégré l'impératif écologique dans leur discours, tous les projets ne semblent pas d'une égale vertu : certains projets « passent » la réglementation, d'autres doivent être retravaillés, et les allers-retours entre métrique et projet demandent parfois à reconsidérer le dessin lui-même.

L'enjeu fondamental : réorienter la préférence collective

Le geste architectural pourrait en lui-même poser question : la sobriété environnementale rime-t-elle obligatoirement avec sobriété formelle ? La question est loin de faire consensus dans la profession, historiquement traversée par différents slogans provocateurs, du « less is more » de Mies van der Rohe au « moins d'esthétique, plus d'éthique » de la Biennale de Venise en 2000. Quelques points de repère apparaissent néanmoins : l'immeuble de grande hauteur semble ne jamais pouvoir devenir un objet post-carbone, l'enveloppe à géométrie complexe de la Fondation Louis Vuitton est vraisemblablement d'une intensité carbone et matière élevée, tandis que la mission Paris à 50°C pointe la fragilité climatique que constitue le déploiement de 2400 lames de verre sur une façade sud très largement vitrée pour le siège de Pernod Ricard à Paris, rendu ainsi dépendant de la climatisation.

Au-delà de la forme, c'est la matérialité associée qui est souvent le plus problématique : dans ces exemples, l'utilisation massive du verre et du béton est le principal facteur d'écart à une performance environnementale optimale. Les façades de la Samaritaine ou le cube Apple, formellement époustouflants, posent question précisément parce que leur dessin fait appel au verre. L'image du projet, croisant forme et matérialité, prime par sa capacité de séduction et par le narratif d'importance et de singularité qu'elle permet de déployer — un narratif construit par la maîtrise d'œuvre qui rencontre le système d'attentes de la maîtrise d'ouvrage : c'est le pouvoir de l'image, qui joue à plein lors des concours d'architecture.

D'autres points de repère existent en contre-point, avec des projets qui développent une image forte tout en conservant une sobriété environnementale certaine. Parmi les références historiques, le travail de Frei Otto ou de Félix Candela, dont les murs en briques courbes pourraient se réinventer en briques de terre compressée. Plus récemment, on pense au Pavillon circulaire par Encore Heureux, à l'atelier Hermès par Lina Ghotmeh ou aux voûtes d'Anupama Kundoo. En certains cas, l'esthétique de la vertu écologique devient elle-même recherchée, ce qui est particulièrement fort pour des constructions en terre crue ou en paille. Au risque d'une architecture qui ne serait qu'une réponse aux enjeux écologiques sans y insuffler de la beauté, Dominique Gauzin-Müller, qui met en valeur les architectures écologiques depuis près de 30 ans, répond que « toute l'architecture moderne n'est pas belle… et que ce n'est pas une question spécifique à l'architecture écologique ». La question formelle relève en réalité plus largement d'un enjeu culturel : l'image n'est qu'une facette parfois trompeuse des changements à porter. Et heureusement, car l'architecte n'est pas un directeur artistique, mais bien plutôt le maître du processus de transformation de la matière et des sols afin de répondre à un besoin.

Transformer les imaginaires et la culture dominante

Le changement de culture implique une réorientation de la préférence collective. L'architecture est symbolique, elle métabolise l'esprit du temps, elle cristallise les représentations respectives des différents acteurs de la construction.

En premier lieu, le système d'attente et de représentation de la maîtrise d'ouvrage dépasse de très loin le simple programme : représentation de puissance, de classicisme, de valeurs plus ou moins pénétrées par l'écologie ou pour lesquelles cette écologie passe par des idées reçues (« il me faut du photovoltaïque ! »). Il n'est pas rare qu'un responsable politique souhaite imprimer sa marque sur un territoire par un projet signature, qui inscrirait son action dans le temps long de « la pierre ». Un exemple qui ne fâchera personne en France pourrait être le concours de la gare de Budapest : un projet proposant de ne construire que le juste nécessaire pour développer un grand jardin urbain a été apprécié des jurys riverains, mais n'a obtenu que la seconde place, faute d'apporter le « caractère monumental » recherché par la maîtrise d'ouvrage. Plus proche de nous, le directeur immobilier d'un grand groupe du CAC 40 peut considérer que l'implantation d'un siège de sa société ne peut se faire que dans un bâtiment neuf, car il serait impossible d'intégrer à un bâtiment existant l'ensemble des exigences de durabilité liées à sa marque. On peut enfin penser à l'architecture de « coups de façade » d'une grande ville du Sud de la France, chaque bâtiment traduisant la représentation qu'une maîtrise d'ouvrage a de son importance relative et de sa singularité.

En second lieu, pour la maîtrise d'œuvre — en particulier technique — existe à son tour une culture du dépassement : on aime battre des records, on respecte la prouesse, on aime le superlatif et la complexité singulière. Toujours plus grand, plus haut, plus loin ? Le record à battre peut s'avérer être le poids carbone le plus faible possible, mais le résultat sera possiblement moins spectaculaire que s'il s'agit de la longueur de porte-à-faux, de la hauteur, de la portée d'un ouvrage. Tout cela invite à travailler les imaginaires et le désirable afin de faire advenir une culture dominante non seulement bas carbone mais répondant à l'ensemble des enjeux, ce qui passera par la réification des idées — les opérations pionnières montreront la voie — et le travail sous contrainte dont sortiront les nouvelles formes et solutions.

Les contributeurs au changement

Les déterminants culturels sont extrêmement nombreux et renvoient à une question politique d'ordre général. Dans le domaine de l'architecture, on trouve certainement les avancées techniques au premier rang de ces déterminants : l'apparition de nouveaux matériaux comme le fer puddlé, ou plus récemment les outils numériques qui ont permis l'émergence de géométries complexes. On trouve également l'évolution historique des besoins, les époques n'ayant pas convoqué les mêmes programmes, ou enfin l'expression artistique du moment.

Questionnons le besoin : au vu du virage à prendre, la question s'est renversée. Il ne s'agit plus d'accompagner l'esprit du temps mais de susciter un changement de pratiques vers celles qui entreront dans les limites planétaires. Mobilité, modes d'occupation, partage de ressources : il s'agit d'intéresser le plus grand nombre à des pratiques non seulement décarbonées, mais aussi moins mobilisatrices de ressources fossiles, compatibles avec les climats futurs, et contribuant à la transition des mobilités.

Pour cela l'argument écologique ne suffira pas. Dans ce débat, la limitation n'est pas un horizon mobilisateur, comme l'exprime parfaitement la critique de Bruno Latour à l'écologie politique : il s'agit de souligner ce que ce nouveau monde apportera en plus et ne pas se concentrer sur la fierté de ce qu'il y a en moins. « Le vélo est bon pour votre santé » a davantage de chances de convaincre au report modal que la préservation de la planète. Et c'est bien toute l'opportunité que nous amène l'architecture : le plaidoyer « Habitats, Villes et Territoires, l'architecture comme solution » du Conseil National de l'Ordre des Architectes ouvre la voie d'une réflexion positive.

Les signaux faibles d'une recomposition culturelle

Dès lors, quels éléments culturels participent déjà de la nouvelle grammaire architecturale ? Nous pouvons d'ores et déjà pointer dans la production actuelle les signaux faibles de ce qui semblera composer l'évolution à venir. Soulignons pour commencer que l'état de l'art actuel — matériaux, technologies, compétences — permet déjà de répondre à la majorité des enjeux. Sans doute de l'intelligence et de la volonté sont-elles à convoquer, et les freins sont-ils culturels en général, organisationnels en particulier.

Un art de la composition et de la transformation

La note « Sobriété Immobilière » a balisé le champ de la production adaptée aux évolutions démographiques, d'usage et s'inscrivant dans les limites planétaires. Composer avec le déjà-là est le premier principe « conservateur » de la matière, de la mémoire des lieux, et limitant fortement les impacts environnementaux futurs. C'est un socle évident par l'ampleur des impacts que l'on évite. L'architecte est alors le privilégié qui ajoutera la couche d'adaptation à nos usages contemporains et d'intégration de l'héritage dans le futur — son acceptation, son utilité et sa mémoire prolongée étant le gage de sa pérennité.

Cet effet de mémoire, par l'intensité des lieux qui se lit au travers des différentes strates historiques (comme le souligne Dominique Alba), est partie intégrante d'une immunité à la démolition future, la condition de ce qui est accepté comme patrimoine. Cette notion « conservatrice » est constitutive d'une nouvelle génération d'architectes dont Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal pourraient être les porte-drapeau : « Tout ce qui nous entoure est patrimoine » défendaient-ils lors de leur conférence inaugurale de l'École de Chaillot, ce fil rouge de leur travail se trouvant adoubé par l'attribution du Pritzker Prize en 2021.

« Tout ce qui nous entoure est patrimoine. »

Cette approche suppose d'aimer ou de valoriser ce qui est déjà là. Des appels déjà nombreux, comme ceux pour le quartier du Mirail, ou pour la Tour INSEE, montrent que cet aspect mémoriel, augmenté sans doute de la compréhension intuitive d'un énorme gâchis environnemental, se sont invités dans la préférence collective. Ce sujet dépasse maintenant de manière évidente le seul cercle des professionnels. Nous quittons en effet l'ère du bâtiment à l'architecture signifiante (la gare et la mairie parfaitement identifiées par une forme canonique). La valeur d'usage d'un bâtiment, dans cet art de la composition, invite à la dissociation du contenant et du contenu. Installer du coworking dans une ancienne usine ou un bâtiment historique délaissé donne de l'épaisseur aux lieux. Autrement dit, on peut créer le désir en valorisant la transformation d'usage du patrimoine existant : personne ne résiste à une mémoire bien rejouée dans l'actualité.

La conservation est dans l'émerveillement

L'attachement à l'ouvrage semble proportionnel à sa dimension artistique et à l'émerveillement qu'il convoque. Le « saisissement » kantien, ou l'émotion qui est condition selon lui de l'Art, s'applique pleinement aux objets que sont les bâtiments, tant dans l'expérience sensible de leurs extérieurs que de leurs intérieurs. Le monumental devenu « totémique » donne envie d'investir dans le temps : il ne viendrait à personne l'idée de démolir la gare de l'Est pour la remplacer par un ouvrage plus efficace ou confortable, ne serait-ce que pour ses qualités architecturales manifestes. Le centre-ville de Split s'est construit sur un palais démesuré, qui n'a pas été démoli mais plutôt colonisé.

Qu'on ne s'y méprenne pas, il ne s'agit pas ici d'en appeler à l'architecture-objet, souvent synonyme de démesure — l'échelle n'est pas en jeu dans ce propos. Tout peut être contenu dans une seule pièce d'appartement d'Auguste Perret ou d'Alvar Aalto. Pour le dire autrement, c'est à l'architecte de faire aimer l'époque. En revanche, si le saisissement et l'émerveillement ne sont pas une question d'échelle, l'environnement direct de l'ouvrage, lui, est clairement en jeu. La question se pose quand, dans l'îlot, les ouvrages ne dialoguent pas entre eux ni ne s'inscrivent dans l'esprit des lieux. La production architecturale collectionnée sans rappel à l'histoire environnante, sans trait de détail en rappel de l'ancrage territorial, rate définitivement une condition essentielle de l'attachement. On sait parfois dire de la production actuelle en ZAC que « c'est de cette époque » mais pas « de ce lieu », quand, entre autres, la signature architecturale ne cite plus rien du pays.

Conjuguer mesure et intuition

Si l'on peut regretter que la mesure des impacts environnementaux soit une donnée purement intellectuelle (carbone, consommations d'énergie...), généralement restreinte aux initiés, nous commençons à associer intuitivement certaines productions à des enjeux environnementaux. À l'extrême, personne n'imagine un instant que les productions en verre et béton fortement climatisées puissent être vertueuses. Le commun pressent que Dubaï n'est pas soutenable, et il y a fort à parier que toutes les mesures et évaluations quantitatives le confirment.

Pour être tenu·e au courant de nos publications, abonnez-vous à la lettre des Transitions Urbaines.
📄 Télécharger le PDF gratuitement : https://payhip.com/b/NLn5f
📖 Commander la version papier (5 €) : https://payhip.com/b/CKnSU

Dès lors, on peut imaginer que n'importe quelle répétition de ces conceptions issues d'un passé « pré-mesure » provoquera chez le visiteur une dissonance cognitive significative. En évinçant les systèmes constructifs carbonés, ces derniers deviendront les stigmates du monde « d'avant ». Dans le ressenti sensible, si les professionnels formés savent distinguer au coup d'œil ce qui est « hors des clous », le grand public repère intuitivement que pléthore de machines correctrices de l'ambiance, des bouches d'air soufflant massivement l'air frais, la surchauffe d'une vitre plein sud, ne sont pas de bonnes nouvelles. Nous parions qu'en entrant dans une ère de la mesure, le sens commun s'appropriera une lecture intuitive qui passera par une forme de dissonance dans les espaces qui ne vont pas dans le sens de l'histoire, et une perception de l'harmonie dans le cas contraire.

La manifestation d'un retour à la nature et de la simplicité technique

Comme un retour de manivelle d'une excessive incantation « smart » qui n'a pas porté ses promesses dans la décennie passée, la maîtrise d'ouvrage et l'architecture en appellent de plus en plus aujourd'hui au « low tech » ou à la « fair tech », à la limite de la technophobie. Parce que ce qui est simple et utile survivra et s'inscrira dans les pratiques, ces pionniers expriment une préférence pour le passif (que l'on maîtrise) plutôt qu'à l'actif (qui nous asservit) : ces réflexions font explicitement écho au concept de convivialité développé par Ivan Illich. Cette approche infuse dans différents projets, comme le médiatisé « Immeuble le plus nul de Paris » par Groupama Immobilier, sous l'impulsion de maîtres d'ouvrage souvent décidés à en finir avec les complexités passées — et souvent également, recherchant une économie budgétaire.

La logique de réappropriation vaut pour les usagers des lieux, qui deviennent acteurs dans leurs lieux de vie et non plus infantilisés par une technologie optimisée qu'il ne faudrait en aucun cas perturber. Elle vaut également pour les architectes eux-mêmes, qui s'intéressent de plus en plus aux matières et matériaux, dans les pas de Jean Prouvé qui concevait et réalisait nombre des éléments mis en œuvre dans ses projets. Citons par exemple les paysagistes Wagon, qui réalisent eux-mêmes régulièrement leurs chantiers, ce qui leur permet d'affiner la méthode : « Notre participation active dans la réalisation de nos aménagements est pour nous la clé d'une réponse juste et adaptée aux commandes des maîtrises d'ouvrages. »

Second apaisement aux racines anthropologiques profondes, la renaturation du bâti est perçue comme consubstantiel d'une architecture dans les limites planétaires. Sur le plan purement esthétique, il y a dans le retour à la nature la recherche d'une complexité relaxante, qui change du catalogue industriel avec ses formes peu complexes et peu variées. On retrouve d'ailleurs dans cette recherche de la nature les végétalisations des extérieurs, qui a même généré des pastiches tels que les arbres en béton de Rudy Ricciotti pour la gare de Nantes.

Le développement d'une ville riche des relations qu'elle héberge

Pour viser le projet le plus juste, le dialogue avec les futurs usagers et riverains peut s'avérer d'une efficacité redoutable. C'est tout l'art de la permanence architecturale, telle que pratiquée et théorisée par la Preuve par 7, à partir d'un projet fondateur de réhabilitation de logements sociaux mené par Sophie Ricard et Patrick Bouchain. L'idée est d'occuper durablement le lieu du projet pendant son élaboration et « d'y mettre à l'épreuve les usages et les besoins par un travail de programmation ouverte, construite progressivement avec les usagers ».

L'engagement citoyen et les attachements qui se matérialisent pendant ce processus de projet sont un produit aussi appréciable que le bâti lui-même. On peut même y voir la finalité réelle du projet, ou du moins l'un des besoins à satisfaire : le processus d'interrogation du besoin, et surtout les discussions qu'il suscite, portent alors un intérêt en soi, elles sont « le plus » qui sublime « le possible moins » de la modestie d'intervention.

Cette approche fait écho au développement d'une ville relationnelle et pas seulement fonctionnelle, telle que souhaitée par la sociologue Sonia Lavadinho. Est souhaitée une ville qui encourage ses habitants à entrer en relation, par l'ensemble des opportunités de rencontres qui sont offertes. Les aménagements du boulevard Garibaldi à Lyon sont cités en exemple. La ville de Strasbourg pourrait l'être également : les aménagements récents amenant une contrainte sur la voiture individuelle ont été accompagnés d'aménagements urbains à valeur ajoutée pour l'expérience des usagers — zones apaisées, végétalisation, fontaines, mobilier urbain. Nous retrouvons alors le thème de la ville durable qui donne envie, non pas par vertu environnementale intrinsèque, mais bien au travers de ce qu'elle apporte : c'est aussi la ville pratique à taille humaine, la ville du quart d'heure, qui se trouve avoir également une action importante sur les impacts des mobilités.

Les matériaux au cœur de la transition

Les matériaux sont tout simplement au cœur de l'équation des limites planétaires. Le mouvement d'apaisement et de retour dans les frontières de la viabilité demande le retour à la ressource maîtrisée. Nous sortons du tout industriel pour invoquer une démarche de réappropriation de la transformation de la matière, du réemploi à la mobilisation de matériaux vernaculaires et souvent bio-, géosourcés. La régionalisation de la production de la ville est un antidote à l'urbanisme de ZAC, lorsqu'il produit du similairement hétéroclite dans toutes les villes de France.

Cette démarche se développe aujourd'hui à la fois industriellement — voir par exemple le système Terlian de Saint Gobain — et évidemment artisanalement. Certains développent une construction « modulaire post-carbone » (quand le hors site n'est pas fondamentalement un sujet carbone), d'autres se réfèrent plutôt à des procédés traditionnels. Sans y voir une opposition, toutes les contributions seront nécessaires pour faire advenir ce monde équilibré, et pourront même s'avérer complémentaires. Reste que pour l'architecte en particulier et la maîtrise d'œuvre en général, la reconnexion à la matière est essentielle : il s'agit de comprendre les chaînes d'approvisionnement, les procédés et les contraintes de mise en œuvre.

L'appel à des matériaux traditionnels n'est pas aujourd'hui une évidence. Tout le monde ne goûte pas au charme et à la qualité esthétique d'un mur en terre : nous sommes renvoyés à la réorientation de la préférence collective. Dans le cas où la conception confirme la pertinence de leur emploi, des obligations de moyens peuvent orienter le programme, qui seront complétés par les exigences de résultat en phase concours. Il y a cependant trop de freins pour le traditionnel décarboné, qui se heurte aux barrières à l'entrée posées par les normes. Si elles nous apportent sécurité et stabilité, celles-ci ont souvent pour effet d'orienter les solutions.

L'alternative au catalogue industriel amène parfois à reconsidérer la linéarité habituelle du projet de construction. La mise en œuvre massive du réemploi demande en effet de travailler à rebours : ne pas prescrire le produit industriel répondant à la conception, mais concevoir à partir de gisements, que l'on autorise à bousculer le projet. Pour atteindre l'objectif impressionnant de 70% de matériaux issus de réemploi pour la Maison des Canaux, la SCOP Grand Huit a eu recours à un marché de conception réalisation dont l'agence était mandataire — ce qui est fort rare, les marchés de conception réalisation étant habituellement pilotés par l'entreprise de construction. Cette disposition originale a permis de travailler à partir des gisements disponibles, et d'ajuster le projet en fonction.

Quelques pistes pour favoriser l'émergence de cette nouvelle culture

Les pistes proposées ici prennent le parti de ne pas s'appuyer sur la contrainte réglementaire. Il est fréquent que les maîtres d'ouvrage s'appuient essentiellement sur la réglementation pour fixer les objectifs environnementaux de leur projet, sans chercher une approche plus complète, ce qui peut déjà représenter une gageure. Il est donc logique de souhaiter que cette réglementation inclue l'ensemble des éléments nécessaires à la bonne prise en compte des limites planétaires. Néanmoins, cet exercice a d'une part déjà été initié par le groupe RBR-T, se poursuivant par exemple par les travaux CAP 2030, et d'autre part il ne répond pas totalement à l'enjeu d'orientation des préférences collectives que ce texte souhaite adresser.

« Arrêtons de faire croire que la création d'une nouvelle loi entraînant des procédures rendant encore plus difficile toute action est la solution à tous les problèmes. » — Patrick Bouchain

La formation du trio maîtrise d'ouvrage, maîtrise d'œuvre et collectivité publique

Les écoles d'architecture embrassent toutes l'objectif de former leurs étudiants aux outils et aux méthodes vertueuses. L'appropriation est néanmoins hétérogène selon les écoles, et doit beaucoup à l'investissement et à la conviction des enseignants — ce qui n'est pas un problème en soi, plutôt assurance d'une déclinaison pertinente dans le contexte de l'école, si tant est que les ressources minimales sont en effet disponibles et connues. Néanmoins il n'existe pas, à notre connaissance, de corpus méthodologique exhaustif des dimensions citées en introduction, ce qui pourrait être porté par le Ministère de tutelle.

Par ailleurs, si l'architecte maîtrise le processus de transformation de la matière depuis l'extraction jusqu'à sa mise en œuvre sur chantier, il y a urgence à se reconnecter à cette matérialité. L'émergence du réemploi est un atout pour cela, mais au-delà il semble intéressant de systématiser le principe de stage ouvrier, qui permet de saisir l'ampleur des pressions écologiques liées aux processus industriels, ou de chantier école, comme l'a par exemple expérimenté Jean Bocabeille à l'ESA.

Les maîtres d'ouvrage, ainsi que leurs appuis programmistes, sont en général formés comme des professionnels de la construction ou comme urbanistes, et reçoivent une formation complémentaire qui peut durer d'un an (par exemple les Diplômes Supérieurs d'Architecture DSA) à quelques jours — quand il s'agit d'une formation structurée, ce qui n'est pas systématique. Il est essentiel que ces publics aient bien conscience de la grande responsabilité à construire, et maîtrisent l'ensemble des leviers pour interroger le besoin : c'est le levier majeur dont ils disposent pour faire entrer leur pratique dans les limites planétaires.

Dernier acteur, la collectivité publique, qui est l'intermédiaire essentiel du droit à construire et bien souvent également maître d'ouvrage. L'Ordre des architectes a publié en 2022 un guide précieux à leur intention, « Maires et architectes, 10 clés pour réussir la transition écologique », dont la préface résume bien l'enjeu de leur rôle : « Garants de l'intérêt public, vous avez à prendre des décisions qui conditionnent l'avenir d'un territoire par son aménagement. » Ainsi, les outils et méthodes de « circularisation » de l'urbanisme doivent faire partie intégrante de tout cursus généraliste d'un élu local chargé de l'urbanisme — comme de tout maître d'ouvrage.

Un besoin de formation partagé par ces professionnels est la maîtrise des ordres de grandeurs, en valeurs intensives et extensives. Par exemple, combien « pèse » en carbone et en matière un centre culturel pour une ville de 5000 habitants, par rapport à ce qu'émet un français moyen annuellement ?

Du processus projet au projet-processus

De manière unanime, le processus actuellement en place côté commande publique, et très précisément décrit par la MIQCP, n'est plus adapté à cette nouvelle donne. Le texte propose de rebaptiser cette entité — qui a tant fait pour la qualité de la production nationale — en MIQADO, Mission Interministérielle pour la Qualité et l'Architecture Durables des Ouvrages publics, ou la MIQUPP (pour le verre à moitié plein), Mission Interministérielle pour la Qualité d'Usage du Patrimoine Public.

Le concours sur une question posée, parfois mal posée, suscite une effervescence créative de trois mois qui débouche sur un projet lauréat fixé de manière photographique par l'esquisse livrée, et auquel l'ensemble des parties prenantes sera lié jusqu'à la livraison. Le mythe central est l'illumination créatrice qui sera célébrée par le jury. Dans cette période de concours existe une étanchéité forte entre les équipes en lice et le terrain, quand des rencontres enrichissantes avec les futurs occupants ou les élus permettraient de connaître a minima leur système d'attente, voire de l'enrichir et de le faire évoluer. C'est ce qui est partiellement à l'œuvre dans le dialogue compétitif, mais pas le cas général des consultations.

Ensuite, toute convocation d'une analyse postérieure, qui intégrerait de nouvelles données d'entrées (connaissance d'une ressource locale disponible, d'une circonstance de libération foncière ou d'un bâtiment voisin) ne peut plus en loi MOP modifier le projet lauréat, sous réserve de modifier les conditions initiales du projet et déclencher des recours. Ce n'est clairement pas adapté à l'intégration des nouvelles limites planétaires : sauf à intervenir toujours dans le même rayon de 100km, l'architecte aura difficilement une connaissance parfaite des opportunités offertes par le lieu dans le temps du concours. Le texte en appelle donc à une rénovation du processus, afin que la remise en cause de la question posée puisse être une réalité.

Depuis 2014, les appels à projet type Réinventer Paris ont fleuri pour engager la cession de droits à construire, procédures dans lesquelles la puissance publique délègue l'élaboration du programme à des tiers, promoteurs, foncières ou maîtres d'ouvrage privés. Le bénéfice de la méthode pour l'élaboration de la ville reste discuté, du scepticisme ouvert à l'enthousiasme pragmatique. La proposition avancée serait que, pour autant de sites ou de surfaces, le projet soit cadré par un autre processus, celui de la permanence architecturale rendue obligatoire. Quitte à s'alléger de la responsabilité programmatique, autant la placer parfois dans les mains des riverains et de leur médier l'architecture.

La décision en jury est en elle-même un processus à réinterroger : à qui revient la décision, qui a posé la question initiale, qui siège autour de la table ? Clairement pas la planète, ce qui sera peut-être le cas des droits futurs où nous aurons réifié les entités de la planète en entités décisionnelles qui ont voix au chapitre. Sinon le cliché reste celui-là : les professionnels et l'assistant à maîtrise d'ouvrage votent pour un projet, l'administration prudente suggère et le politique vote pour un autre qui gagne inéluctablement. Les élus contre les experts : les experts perdent toujours, c'est le fait du Prince. Faut-il faire entrer le citoyen, pour peu qu'il ait été acculturé ? Faut-il faire entrer la nature ? L'Ordre des architectes propose a minima de renforcer le conseil et l'ingénierie territoriale, dans le cadre d'une opération « 1 maire, 1 architecte ».

Inspiration — les nouveaux courages

Le processus de conception s'appuie généralement sur la convocation d'images de références, qui apportent une qualité d'émerveillement, si précieuse comme expliqué plus haut. Ces images sont d'abord proposées lors de la formation initiale des architectes, qu'elles soient reliées à des théories de l'architecture ou à l'appui du projet. Malheureusement, la production architecturale des 100 dernières années, qui constitue une partie significative de ce corpus, correspond à une ère de la sortie des limites planétaires : les modernes ont joui de pouvoir s'affranchir du climat et des contraintes de ressources. Si des références plus anciennes sont toujours convoquées, elles correspondent à des modes de production de l'architecture trop éloignés des nôtres pour pouvoir directement inspirer.

Il apparaît donc nécessaire de partager très largement les fiertés des pionniers de ces 30 dernières années, pour apporter des points de références complémentaires : c'est entre autres l'objectif du mouvement Unisson(s). L'élégance ce n'est pas forcément l'élancement d'un portique, et peut se développer dans « l'architecture du poteau » demandée par le bois. Cette valorisation de nouveaux courages contribuera à réorienter la fierté collective, célébrer un nouvel héroïsme qui ne répond pas au référentiel habituel du « plus vite, plus haut, plus loin », mais s'intéresse plutôt à l'alchimie du juste compromis d'une approche multicritère.

Pratiquement, les palmarès sont un outil précieux. Nombre d'entre eux investissent déjà la qualité environnementale. Citons par exemple les Global awards for sustainable architecture, le OFF du développement durable, Terra Fibra awards ou Materia awards, les Trophées du réemploi, ou le tout récent « réHABXXe » récompensant des opérations exemplaires de réhabilitation de bâtiments construits dans la seconde moitié du XXe siècle. D'autres encore pourraient apparaître, par exemple des palmarès de l'architecture zéro fossile ou de l'architecture des 100km, sponsors encore à trouver.

L'exigence au-delà du réglementaire, à commencer par le principe de réhabilitation, devrait d'ailleurs s'introduire dans l'ensemble des palmarès « généralistes », comme L'Équerre d'argent, les Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes, ou les Pyramides d'or. Le texte recommande également de publier en transparence et systématiquement les performances du bâti, à commencer par la quantité de matériaux mis en œuvre et le nombre « d'utilisateurs » des lieux, données rarement mentionnées. La démarche EMC2B proposée par AREP propose un jeu d'une quinzaine d'indicateurs dits « fondamentaux » dans les champs énergie, matière, carbone, climat et biodiversité, et peut être un canevas pertinent.

Investir les filières vertueuses

Derrière chaque palmarès « spécialisé » existe l'opportunité de stimuler la création de filières dédiées. C'est d'ailleurs bien par exemple l'ambition des Trophées du réemploi qui s'appuient sur le Booster de réemploi, espace de partage de bonnes pratiques et décryptage de la filière en évolution rapide. Cette approche pourrait être généralisée : stimulant la commande, maîtres d'ouvrage et maîtres d'œuvre pourraient s'engager, avec le soutien de programmes type appel à projet ADEME, dans la réalisation de projets qui mettent en œuvre des techniques de construction devenues non courantes, en particulier bio et géosourcées.

Architecture et rénovation énergétique

Enfin, un rôle fondamental de l'architecture, dans cette époque d'urgence, n'est-il pas de transformer la rébarbative rénovation énergétique en amélioration de ses qualités d'usage, et de réinventer l'expérience des bâtiments ? L'architecte a un rôle clé pour donner sens à ce bâtiment dans lequel on réinvestit lourdement, pour creuser la question au-delà des simples piliers énergétique et carbone, vers les autres piliers proposés dans le propos liminaire. C'est sans doute en passant d'une approche de thermicien généraliste à la question architecturale plus large que la bataille de la rénovation énergétique sera gagnée. Pour une partie de la population, cette dernière est moins une question d'aides sociales que d'architecture de son lieu de vie. Et on ne peut que constater l'inaction. Faire envie est nécessaire et urgent.

Il y a un dessein plus grand que d'aller chercher une meilleure lettre de DPE ! S'il n'y a pas de culture de la rénovation énergétique dans le grand public, c'est peut-être qu'il n'y a pas assez de culture dans la rénovation énergétique. La création du rôle d'Accompagnateur Rénov' en 2022, s'il est massivement investi par les architectes, y contribuera certainement. Les études afférentes à ces rénovations sensibles pourraient être prises en charge par les aides publiques à la rénovation, y compris à un niveau local, afin d'inciter à un geste global et signifiant pour la ville, comme proposé par le Conseil de l'Ordre des architectes.

Une question d'argent ? La rémunération des maîtres d'œuvre

Mobiliser l'intelligence des maîtres d'œuvre demande en effet rémunération, qui doit trouver place dans l'équilibre du projet. Mais avant la question du caractère suffisant (ou pas) de cette rémunération, se pose celle de son mode de calcul, en général pourcentage du montant des travaux. Cette rémunération au volume n'incite pas forcément à injecter plus de réflexion pour proposer le projet le plus juste et réinterroger la question posée, c'est-à-dire que le maître d'œuvre n'y a pas d'intérêt financier — ce qui ne signifie pas qu'il ne le fait pas spontanément. Cependant, prendre du recul demande souvent de prendre du temps, et sortir du mode de production habituel implique de prendre des risques, deux éléments motivant en général rémunération, pour finalement « changer de matière grise ».

De plus, l'effort nécessaire pour mettre en œuvre des solutions nouvelles, et en particulier des solutions qui sortent du champ des catalogues industriels éprouvés, peut s'avérer considérable. Le réemploi l'illustre parfaitement : le travail d'identification des gisements et des bonnes filières de reconditionnement est inexistant si l'on recourt au catalogue.

Le facteur de complexité apporte une première réponse, mais pourrait plus explicitement valoriser ces dimensions « pionnières », dont déjà le contexte de réhabilitation, amené à devenir la référence. Les principes de rémunération peuvent également introduire un bonus-malus carbone sur l'exemple de ce qui existe déjà en euros — ce qui suppose un suivi de contrat particulièrement rigoureux. Plus radical, pourrait également être envisagé un principe de rémunération à l'usage, c'est-à-dire calculé en fonction du nombre projeté d'usagers des lieux et de la nature de l'usage permis.

Faire entrer la critique architecturale dans le débat public

Il s'agit enfin d'encourager la prise de parole des architectes dans le débat public, parallèle de l'exhortation par Étienne Klein aux ingénieurs. L'architecture est l'un des champs où les goûts des sachants sont très différents des non-initiés : parler d'architecture, c'est donner les clés de l'émotion architecturale et de la passion subtile, c'est aussi faire œuvre de pédagogie pour transmettre la juste traduction des enjeux environnementaux. In fine, l'objectif est de donner au grand public — et par rebond, aux décideurs politiques — envie de dépasser le « coup de façade ».

Écrire un manifeste est une contribution tangible à ce chantier, un très bon exemple étant le « Manifeste de la frugalité heureuse et créative » lancé par Dominique Gauzin-Müller, Alain Bornarel et Philippe Madec, qui compte en décembre 2023 plus de 16 000 signataires. Le manifeste a été l'amorce d'un chantier de fond, avec la création de groupes locaux pour diffuser la démarche, et l'occasion d'un rayonnement médiatique large. La contribution des architectes et de l'ensemble des maîtres d'œuvre passe par la participation à différents médias, podcasts, tribunes, interviews, les acteurs de la ville étant souvent les bienvenus même dans des lignes éditoriales grand public. Ils peuvent également prendre directement la parole en créant leur média ou via internet : saluons le travail de quelques pionniers comme Chroniques d'architectures, Yann Legouis de Sapiens Architecture, ou encore les Suisses 2401.

Partager les clés de lecture de la construction de la ville peut passer par de multiples canaux. Comme le rappelle l'Ordre des architectes, les actions de médiation architecturale peuvent être multipliées avec l'appui des Maisons de l'Architecture : il en existe 35, réparties sur le territoire. La discussion citoyenne est également un canal particulièrement appréciable, surtout à un échelon local. De nombreuses collectivités comme Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou Montreuil, ont mis en œuvre des « chartes locales de qualité urbaine ». Ces chartes sont un outil précieux pour les projets à venir, mais leur élaboration même revêt un intérêt en soi dès lors qu'elle ouvre lieu à débat sur le territoire. Les communautés d'agglomération pourraient d'ailleurs enrichir la discussion avec la création de leur palmarès local : autant d'accroches concrètes pour embarquer les citoyens.

Renverser la question : de l'esthétique de la transition énergétique

En conclusion, les auteurs souhaitent renverser la question : en quoi l'architecture doit-elle influer sur la transition énergétique ? Les énergies renouvelables, appelées à se déployer massivement sur le territoire français, auront une empreinte spatiale conséquente, car il s'agit d'énergies beaucoup plus distribuées que les énergies fossiles et fissiles, à l'inverse très concentrées. Ainsi, comme le précise RTE, « le développement des énergies renouvelables soulève un enjeu d'occupation de l'espace et de limitation des usages ». Cette présence dans les paysages urbains autant que ruraux est un enjeu pour la bonne intégration et l'acceptation de la transition énergétique.

Dans le catalogue de l'exposition « Énergies légères » au Pavillon de l'Arsenal, Raphaël Ménard propose ainsi : « Près de cinquante ans après la loi sur l'architecture du 3 janvier 1977 — qui définit l'architecture comme une expression de la culture — cette législation pourrait évoluer afin que les architectes, paysagistes et designers, aux côtés des ingénieurs, soient consultés dès lors qu'une quantité minimale d'énergie est en jeu. » Voici un élargissement intéressant du champ d'action de l'architecte, qui achève de démontrer qu'en matière de transition, l'architecture est une solution.

Conclusion

Les limites planétaires sont davantage des frontières que des limites : nous savons les franchir allègrement, et nous les franchissons d'ailleurs presque partout. C'est donc une nouvelle norme qu'il s'agit d'inventer, au sens de l'habitude au moins autant que du réglementaire. Emilie Hergott et Cédric Borel ont partagé ici quelques signaux faibles d'une transformation à l'œuvre, et probablement lectrices et lecteurs en avez-vous également en tête. Auquel cas, n'hésitez pas à votre tour à les relayer largement, pour mettre en pratique l'une des pistes proposées afin qu'ils deviennent le nouveau mainstream. Si le grand public est un acteur incontournable du changement culturel souhaité, il ne faut pas oublier qu'il n'est pas un ensemble homogène. Chaque territoire, chaque communauté, chaque contexte doit se projeter, et c'est par la multiplication des exemples que l'on saura former un kaléidoscope convaincant.


Pour aller plus loin

Ce texte reprend l'intégralité du P'tit Papier n°7, coédité par dixit.net et l'association Transitions Urbaines, publié sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0 — vous pouvez le partager et le citer librement en mentionnant la source.

← Retour à tous les « P'tits Papiers »