đ De la planification Ă la prospective stratĂ©gique
Depuis des dĂ©cennies, nous planifions le futur de nos territoires Ă travers diffĂ©rents documents : PLU, PLH, SCoT... Mais le changement climatique et la multiplication des turbulences rendent lâavenir incertain et percutent nos mĂ©thodes de planification. Alors comment se prĂ©parer Ă l'imprĂ©visible ? Une partie de la rĂ©ponse rĂ©side dans les dĂ©marches prospectives. Il ne s'agit plus de se choisir un avenir radieux, mais dâimaginer les diffĂ©rents futurs possibles du territoire, y compris les moins confortables.
Tout commence par un choc, une sidĂ©ration. Elle peut ĂȘtre rĂ©elle : une inondation, un glissement de terrain... Elle peut ĂȘtre aussi fictive : par un voyage dans des futurs inconfortables, mais plausible. Cet Ă©vĂšnement peut agir comme un dĂ©clencheur. Il fait vaciller les certitudes, sĂšme le doute et ouvre la voie Ă la rĂ©flexion : que voulons-nous prĂ©server, que sommes-nous prĂȘts Ă abandonner ou transformer ? Cela permet de dĂ©finir lâĂ©lan vital du territoire : quelle est sa force, le dĂ©sir qui anime intrinsĂšquement ce lieu et ses habitants ? Il sâagit bien souvent du dĂ©sir de pouvoir continuer dâhabiter ce territoire, et de conserver une qualitĂ© de vie, malgrĂ© une augmentation des risques.
Une fois l'élan vital défini, il faut embarquer les acteurs du territoire. La prospective n'est pas une démarche solitaire, portée par un petit cercle d'élus ou de techniciens, c'est un processus collectif qui associe progressivement habitants, associations, entreprises, collectivités... Pour mener à bien ces échanges, les territoires peuvent travailler avec des équipes pluridisciplinaires, extérieures au territoire. L'objectif n'est pas de les mettre en compétition, mais de favoriser les regards croisés. Cette diversité de point de vue permet de construire une vision riche, nuancée. Les décideurs gardent un rÎle central : ils décident, non pas entre des projets concurrents, mais d'une direction parmi des futurs explorés collectivement, en tenant compte de leurs implications et incertitudes.
Enfin, ce travail ne peut sâaffranchir dâun socle environnemental solide. Il est indispensable de penser les transformations territoriales Ă partir de leurs impacts Ă©cologiques. Et cela nâest pas toujours Ă©vident : comment intĂ©grer les mĂ©triques environnementales dans les reprĂ©sentations territoriales ? Comment dessiner un projet en tenant compte du carbone quâil Ă©met, des sols quâil impermĂ©abilise, de la biodiversitĂ© quâil contraint ou favorise ?
Pour en savoir davantage, Sylvain a Ă©changĂ© avec Panos Mantziaras, architecte, docteur en urbanisme et amĂ©nagement, et directeur de la fondation Braillard Architectes. Au cours de sa carriĂšre, Panos a travaillĂ© sur diffĂ©rents dispositifs de prospective Ă Paris, au Luxembourg ou encore Ă GenĂšve, il nous partage dans cet Ă©pisode de podcast les clĂ©s pour rĂ©ussir une dĂ©marche prospective, et la nĂ©cessitĂ© de passer dâune vision planificatrice Ă une vision prospectiviste.
â Camille Tabart (LinkedIn)


đ Le 15 mai, Forum de la transiton fonciĂšre. Rendez-vous Ă 16h Ă Sciences Po Paris, pour cette troisiĂšme Ă©dition organisĂ©e par lâInstitut de la Transition FonciĂšre, l'Ăcole urbaine et l'Institut des Transformations Environnementales de Sciences Po. Le thĂšme de cette Ă©dition : âLa gouvernance des sols vivants en Europe : vers un Land New Deal."
đ€ ReconquĂ©rir notre citoyennetĂ© Ă©conomique. Finance Ă impact, Ă©conomie collaborative, social business⊠on aurait tous envie dây croire. Mais beaucoup de ces termes ne sont que des Ă©crans de fumĂ©e nous permettant de croire un peu plus longtemps en la promesse capitaliste de profits Ă©ternels. SĂ©bastien Chaillou-Gillette et StĂ©phane Pfeiffer ne perdent pourtant pas espoir : Un ânotre mondeâ est possible (Ă©ditions Les Petits Matins) plaide pour faire revenir lâĂ©conomie dans le champ de la dĂ©mocratie, afin que celle-ci ne soit plus lâapanage de quelques-uns au dĂ©triment des autres, mais lâaffaire de tous, pour lâintĂ©rĂȘt commun. LâĂ©conomie sociale et solidaire nâest que la pointe Ă©mergĂ©e dâun iceberg qui pourrait faire chavirer le navire capitaliste. Cet iceberg sâappelle la citoyennetĂ© Ă©conomique. La faire advenir est une affaire dâĂ©ducation, de changement dâimaginaire sur le travail, la gouvernance des entreprises et leur recherche de profits⊠Un autre monde en somme, mais pas une autre planĂšte.
â Ce qui nous intĂ©resse, ce nâest pas tant lâĂ©volution du modĂšle capitaliste dâun point de vue Ă©conomique, mais son arrivĂ©e progressive dans le champs de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. (âŠ) Câest finalement notre souverainetĂ© dans lâordre politique qui est interrogĂ©e. Aujourdâhui, privĂ©s de notre citoyennetĂ© dans le champ Ă©conomique, nous devons considĂ©rer le recouvrement de notre souverainetĂ© dans ce domaine comme une prioritĂ©.â
L'idéologie sociale de la bagnole (André Gorz)
"La bagnole a rendu la grande ville inhabitable. Elle lâa rendue puante, bruyante, asphyxiante, poussiĂ©reuse, engorgĂ©e au point que les gens nâont plus envie de sortir le soir. Alors, puisque les bagnoles ont tuĂ© la ville, il faut davantage de bagnoles encore plus rapides pour fuir sur des autoroutes vers des banlieues encore plus lointaines. Impeccable circularitĂ© : donnez-nous plus de bagnoles pour fuir les ravages que causent les bagnoles."
André Gorz, de son vrai nom Gerhard Hirsch puis Gérard Horst, est un philosophe et journaliste français. Il est cofondateur, en 1964 du Nouvel Observateur, sous le pseudonyme de Michel Bosquet. Sa pensée oscille entre philosophie, théorie politique et critique sociale. Il devient dans les années soixante-dix l'un des principaux théoriciens de l'écologie politique et de la décroissance.
