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đŸ€ą Du vert au gris, l'Europe change de couleur

Comment l'Europe dilapide ses sols, plus rapidement qu'on ne le pensait.
đŸ€ą Du vert au gris, l'Europe change de couleur
Crédits : Pléiades © CNES 2018, Distribution Airbus DS / Pléiades Neo © Airbus DS 2023

L’artificialisation des sols ne fera jamais la une d’un journal tĂ©lĂ©. C’est un problĂšme trop lent et trop diffus pour passer Ă  l'antenne, malgrĂ© ses consĂ©quences climatiques, environnementales et sociales majeures. C’est aussi un problĂšme sous-estimĂ©, car les petits projets de construction passent dans les trous de la raquette des indicateurs europĂ©ens comme le Corine Land Cover.

Le projet de recherche Green to Grey fait pourtant tout son possible pour tirer la sonnette d’alarme. Le Monde fait partie des mĂ©dias mobilisĂ©s, et publie un article qui synthĂ©tise ses enseignements. Cette recherche est menĂ©e Ă  l’échelle europĂ©enne, car c’est en dĂ©zoomant qu’on voit le mieux l’effet massif de l’artificialisation. Elle dĂ©ploie aussi des outils de mesure plus prĂ©cis pour affiner la mesure de l'ampleur de l’artificialisation, 50% plus rapide que les prĂ©cĂ©dentes estimations. Bref, elle donne une image des sols de toute l’Europe, en haute rĂ©solution. 

PremiĂšre piqure de rappel, l’artificialisation n’a pas de lien direct avec les dynamiques dĂ©mographiques. Chaque habitant consomme 0,6 mÂČ en Suisse, mais 10 fois plus en NorvĂšge. Il n’y a donc ni corrĂ©lation, ni causalitĂ© entre population et consommation d’espace. En valeur absolue, la France est sur le podium des plus gros consommateurs de terre, derriĂšre la Turquie et la Pologne. Les sols que nous grignotons sont principalement des terres agricoles, contrairement aux pays scandinaves qui dĂ©racinent leurs forĂȘts ou aux pays d’Europe du Sud qui bĂ©tonnent leurs cĂŽtes. Ce mĂ©canisme s’explique facilement : la France protĂšge bien ses espaces naturels, mais beaucoup moins bien ses terres agricoles. Les champs de patates se revendent en “zone constructible” pour financer les retraites dĂ©risoires de nos agriculteurs. En Suisse, oĂč les terres fertiles sont une denrĂ©e rare, la loi fĂ©dĂ©rale sur le droit foncier rural Ă©carte cette possibilitĂ©, ce qui explique entre autres ses meilleurs rĂ©sultats.

Échantillon des projets de plus de 10 000 mÂČ identifiĂ©s par le projet Green to Grey ©Green to Grey

Quels sont les moteurs de l’artificialisation ?

Le premier est le logement, responsable de 41% des terres consommĂ©es entre 2018 et 2023. Mais de quel type de logement parlons-nous ? Ce sont notamment des rĂ©sidences secondaires, des villas de luxe, des hĂŽtels qui accueillent des touristes quelques mois par an dans des recoins de plus en plus isolĂ©s de “nature idyllique”. Ces opĂ©rations explosent principalement sur les littoraux. Ce sont aussi des opĂ©rations de logements peu denses qui ne participent guĂšre Ă  rĂ©soudre la crise du logement. En France, les opĂ©rations de moins de huit logements par hectare sont responsables de 50% de l’artificialisation des sols, alors qu’elles ne produisent que 19% des logements neufs.

En deuxiĂšme place, la catĂ©gorie “logistique et transports” est l’outsider qui créé la surprise dans la course aux sols. Si les espaces logistiques ne couvrent que 2% des terres artificialisĂ©es en France, leur appĂ©tit est grandissant. Avec les transports, ils reprĂ©sentent 22% de l’artificialisation qui a eu lieu entre 2018 et 2023. La logistique est souvent mĂ©langĂ©e avec le commerce et l’industrie. Son poids est donc dissimulĂ© derriĂšre celui des zones commerciales, plus visibles. Tandis que les centres commerciaux en extension ont Ă©tĂ© “par principe” interdits dans la loi Climat et RĂ©silience, les zones logistiques n’ont fait l’objet d’aucune contrainte particuliĂšre. Preuve que la loi a un temps de retard sur les habitudes de consommation : on ne se perd dĂ©sormais plus dans les malls, mais dans les applis d'e-commerce.

Le troisiĂšme moteur de l’artificialisation sont les projets agricoles. Une dĂ©nomination bien trompeuses lorsqu’on se penche sur ce qui sort de terre : des mĂ©gabassines, des hangars agricoles, des mĂ©thaniseurs industriels
 ou des serres en verre pour faire pousser fraises et tomates mĂȘme en hiver. Des infrastructures qui nous ancrent toujours plus profondĂ©ment dans une agriculture productiviste, inadaptĂ©es aux turbulences climatiques.

Usines de frites surgelĂ©es, terrain de golf sur la cĂŽte, village vacances ou site de construction de yatchs de luxe
 Le projet Green to Grey inquiĂšte non seulement par les chiffres de l’artificialisation, mais aussi par le type d’opĂ©rations rĂ©alisĂ©es, symboles d’une sociĂ©tĂ© consumĂ©riste, y compris de ses sols.

– Lucie Carpentier

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Qui a dit que l'industrie devait ĂȘtre chassĂ©e hors des villes ? Dans notre dernier podcast, nous dĂ©couvrons le site USIN, une friche redevenue usine au coeur de la mĂ©tropole lyonnaise. David Bellanger du groupe SERL nous raconte les coulisses de cette rĂ©industrialisation exemplaire.

À l'agenda...

  • Se rencontrer Ă  La FAB de Bordeaux MĂ©tropole, le 6 novembre 2025, pendant une soirĂ©e sur le thĂšme “Prendre soin de la ville : et si on rĂ©parait ?”. En prĂ©sence de JĂ©rĂŽme Denis et David Pointille, pour explorer les pratiques de maintenance, de rĂ©paration et de soin apportĂ©es aux infrastructures urbaines.
  • Participer aux rencontres annuelles AdaptaVille 2025 qui se tiennent le 5 novembre Ă  l’AcadĂ©mie du Climat. L’Agence Parisienne du Climat dĂ©die cette aprĂšs-midi Ă  l’adaptation au changement climatique des territoires.
  • S’inscrire au webinaire du 27 novembre par le CEREMA, sur les pistes cyclables Ă  haut niveau de service. En partenariat avec la FĂ©dĂ©ration française des Usagers de la Bicyclette, ce webinaire explore les principes et retours d’expĂ©rience tirĂ©s de ces politiques de mobilitĂ© durables et inclusives, que ce soit en mĂ©tropole ou territoires moins denses.
  • Assister au colloque “+4°C : quelles politiques pour loger la France de demain ?” qui aura lieu le jeudi 18 dĂ©cembre Ă  Sciences Po Paris. Un aprĂšs-midi d’échanges entre acteurs et chercheurs pour dĂ©battre des politiques publiques en matiĂšre de logement et d’amĂ©nagement Ă  l’heure du changement climatique.

Et maintenant vous pouvez...

  • Regarder la petite sĂ©rie documentaire Jardin Public sur France tv. Nous partons Ă  la rencontre des jardiniĂšres, gardiens et directrice du Jardin des Plantes de Nantes qui se confrontent au quotidien aux enjeux globaux du changement climatiques. Entre esthĂ©tisme du parc, moindre consommation de ressources, conservation des collections
 comment s’adapter aux temps qui changent ?
  • Lire cet article du Monde sur l’étonnant dĂ©veloppement de pistes cyclables dans la ville de Muttersholtz. Il a fallu dix ans de nĂ©gociations pour que 100m de pistes voient le jour Ă  travers des propriĂ©tĂ©s privĂ©es, pour le plus grand bonheur des Ă©coliers.
  • Lire "L'insoutenable abondance” de Philippe Bihouix, dans la collection des Tracts de Gallimard. C'est une utile synthĂšse trĂšs didactique de son travail qui Ă©largit le regard au-delĂ  du carbone et du climat, pour se prĂ©occuper aussi des ressources, Ă  rebours des techno-optimistes.
“Quel autre choix s'offre Ă  nous? Celui d'une trajectoire Ă  reprendre en main. Cela ne sera pas simple, bien sĂ»r. Elle n'est ni Ă©crite, ni garantie; mais elle pourrait offrir bien des avantages, bien des fiertĂ©s, bien des plaisirs plus concrets, plus accessibles, plus rĂ©alistes, plus vĂ©ridiques, plus humains que le bonheur futuriste de la conquĂȘte de Mars de Musk, du mĂ©tavers de Zuckerberg ou de la conscience artificielle d'Altman.”