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đŸ—łïž Faire de la place en amĂ©nageant les temps

Aujourd'hui, on voit comment les collectivités peuvent trouver des mÚtres carrés sans rien construire, grùce à l'intensification des usages des bùtiments publics.
đŸ—łïž Faire de la place en amĂ©nageant les temps

Observez la rue autour de vous. À droite, les bureaux de la mĂ©tropole. En face, la mĂ©diathĂšque. À ce rez-de-chaussĂ©e, une crĂšche publique. Et l’école municipale Ă  quelques encablures. Tous ces bĂątiments et bien d'autres sont possĂ©dĂ©s, louĂ©s ou gĂ©rĂ©s par la collectivitĂ©. Cela fait beaucoup, et parfois trop pour qu’elle-mĂȘme en ait une connaissance exhaustive. Sans mĂȘme parler de les connaĂźtre en dĂ©tail, de disposer d'un diagnostic complet de leur Ă©tat et d’en connaitre les usages rĂ©els.

Mais les collectivitĂ©s sont vite rattrapĂ©es par le rĂ©el. Ce vaste patrimoine finit par coĂ»ter trĂšs cher en exploitation et en rĂ©novation, surtout quand il faut les dĂ©carboner et les adapter Ă  un climat qui change. En 2023, I4CE a montrĂ© que 3,2 milliards d'euros d'investissement annuels supplĂ©mentaires sont nĂ©cessaires pour rĂ©nover les seuls bĂątiments publics des collectivitĂ©s et atteindre nos objectifs de rĂ©duction d’émissions de gaz Ă  effet de serre d'ici 2050. OĂč trouver tout cet argent ? I4CE propose plusieurs leviers : la rĂ©orientation des investissements, les cessions, l'emprunt bancaire et les dotations de l'État. Nous ne sommes pas rĂ©ellement dans une pĂ©riode oĂč l’argent peut ĂȘtre jetĂ© par les fenĂȘtres, qui plus est de passoires thermiques. Autant dire que les deux derniers ne sont pas trĂšs Ă  la mode alors que l'hiver budgĂ©taire s'annonce. Les termes de la question sont donc aussi clairs que complexes : comment adapter le patrimoine bĂąti des collectivitĂ©s sans argent supplĂ©mentaire et sans dĂ©grader le service public ?

Mieux occuper nos mÚtres carrés

La premiĂšre chose Ă  faire est sans doute de s’assurer que les bĂątiments publics sont rĂ©ellement utilisĂ©s. Parce qu’un mĂštre carrĂ© vide coĂ»te aussi cher Ă  entretenir et Ă  rĂ©nover qu’un mĂštre carrĂ© occupĂ©, alors qu’il n’apporte rien Ă  la sociĂ©tĂ©. Ne laissons planer aucun doute : tous les bĂątiments, publics ou privĂ©s, sont actuellement sous-utilisĂ©s. Pour le patrimoine public, le taux d’occupation s’élĂšve en moyenne Ă  seulement 20%. C’est un vĂ©ritable gĂąchis immobilier et une aberration autant Ă©cologique qu’économique. Mais tous ces temps morts sont autant d'opportunitĂ©s pour accueillir plus d'usages sans construire.

Intensifier les usages des bĂątiments existants, c'est la premiĂšre des boucles de l'urbanisme circulaire et le fondement d’une bonne stratĂ©gie immobiliĂšre des collectivitĂ©s. Cela permet de rĂ©duire les investissements dans des bĂątiments neufs comme les dĂ©penses en gestion. Pour les bĂątiments publics, ces Ă©conomies peuvent ensuite ĂȘtre redirigĂ©es vers l'adaptation de leur patrimoine, l’amĂ©lioration des services publics ou des conditions de travail des agents. Mais intensifier l'usage de l'existant ne se rĂ©sume pas Ă  Ă©largir les horaires d’ouverture des services existants. Nous n'avons pas besoin de bureaux de poste ouverts jusqu'Ă  22 h. Intensifier, c'est surtout dĂ©multiplier les usages qu'on fait d'un lieu, et par ricochet les publics qui en bĂ©nĂ©ficient. Cela s’inscrit pleinement dans la mission des collectivitĂ©s car leurs bĂątiments sont des espaces communs qui peuvent profiter au plus grand nombre. Le conseil dĂ©partemental de l'IsĂšre met Ă  disposition des associations certains locaux de ses 97 collĂšges publics. Gymnases, salles de classes, internats ou salles de restauration sont disponibles Ă  la location en quelques clics. À l'Ă©chelle nationale, l'ANCT a créé la plateforme Espace sur demande pour faciliter la rĂ©servation de salles et d'espaces des acteurs publics par des associations, des entreprises ou des citoyens. Les bĂ©nĂ©fices de l’intensification sont donc multiples : la valorisation du patrimoine de la collectivitĂ©, une amĂ©lioration des services publics et un tissu urbain plus animĂ©.

Nul besoin d’ĂȘtre trĂšs inventif pour imaginer plusieurs usages se cumuler sur les mĂȘmes mĂštres carrĂ©s. Des bureaux qui resteraient ouverts aux Ă©tudiants en rĂ©vision d’examens. Une cantine d’entreprise qui se muerait en brasserie le soir et le weekend. Une Ă©cole qui se transformerait en hĂ©bergement touristique pendant l’étĂ©. Utopique ? Absolument pas. Toute une sĂ©rie d’initiatives dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre sont documentĂ©es dans Redirection Urbaine.

Les Ă©coles Ă  l’avant-garde

Les Ă©coles sont en gĂ©nĂ©ral les premiĂšres Ă  se rĂ©inventer pour intensifier leurs usages. Elles sont un exemple frappant de ces espaces-temps gĂąchĂ©s Ă  l’échelle de la journĂ©e comme de l’annĂ©e. Une fois les enfants partis en fin d’aprĂšs-midi, tout se fige dans l’attente de la sonnerie du lendemain. Puis viennent les grandes vacances et les espaces restent vides pendant de longues semaines. C’est pourquoi depuis vingt ans, Ă  Noirmoutier, l’école Saint Philibert ne ferme plus sa grille en juillet-aoĂ»t. Elle est rĂ©amĂ©nagĂ©e en gĂźte touristique : on pousse les tables et les chaises, on tire des lits et une petite cuisine dans chacune des huit salles de classes. Ce rĂ©amĂ©nagement rapide permet Ă  des mĂ©nages modestes de se payer des vacances Ă  la mer, Ă  seulement 10 minutes Ă  vĂ©lo de la plage. Ce sont autant de logements touristiques en moins Ă  construire sur le littoral — qui resteraient de toute façon hors de prix pour beaucoup. C’est donc un gain social et environnemental, mais aussi Ă©conomique pour cette Ă©cole privĂ©e, qui gĂ©nĂšre de nouveaux revenus grĂące Ă  la location de son bĂątiment.

DĂ©multiplier les lieux pouvant accueillir un mĂȘme usage, et multiplier les usages sur un mĂȘme lieu. C’est une des clefs de la robustesse face aux turbulences qui s’annoncent, de plus en plus nombreuses et de toutes sortes. Alors pourquoi ne pas faire de nos Ă©coles des infrastructures refuges face au changement climatique ? Des Ă©coles pensĂ©es pour rĂ©sister aux chocs, oĂč les plus vulnĂ©rables peuvent s’abriter en cas d’intempĂ©ries — inondations, tempĂȘtes ou canicules. C’est dĂ©jĂ  ce que projette la commune du PrĂȘcheur en Martinique.

Rennes s’est aussi lancĂ©e dans une dĂ©marche d’intensification des usages en commençant par une Ă©cole publique. Pour partir Ă  la recherche des mĂštres carrĂ©s oubliĂ©s, Ă©lĂšves, parents, enseignants et concierges travaillent de concert. Un dialogue qui doit nĂ©cessairement s’élargir Ă  d’autres acteurs connexes : les animateurs pĂ©riscolaires, l’équipe de la mĂ©diathĂšque toute proche, le gardien du gymnase du coin
 L’objectif est d'en tirer un kit mĂ©thodologique gĂ©nĂ©ral sur la dĂ©marche d’intensification des bĂątiments publics.

Par oĂč commencer ?

Pour intensifier les usages, commençons par un Ă©tat des lieux de l'immobilier des collectivitĂ©s en recensant tous les bĂątiments possĂ©dĂ©s ou louĂ©s, et en Ă©valuant leur usage rĂ©el. Ce ne sont pas que les mĂštres carrĂ©s qui comptent, mais aussi leur utilisation. Plus difficile Ă  estimer, celui-ci requiert une enquĂȘte auprĂšs des diffĂ©rents services de la collectivitĂ© et de se rendre sur le terrain. Ces nouvelles mĂ©triques permettent aussi de poser des objectifs aux dĂ©marches d’intensification des espaces des collectivitĂ©s, tel que passer de 20% Ă  40% de taux d’utilisation moyen par exemple.

Une fois le constat posé, il faut déployer une stratégie d'intensification en repensant les investissements et arbitrages immobiliers : questionner la nécessité de construire, libérer certains biens peu utilisés en redéployant leurs usages ailleurs
 Ce n'est pas qu'une rationalisation du parc des collectivités qui implique une part de cession et de réallocation des ressources immobiliÚres et financiÚres. C'est trouver les moyens d'offrir plus de service public et une plus grande qualité des espaces pour les habitants comme pour les agents en assumant la charge de moins de mÚtres carrés.

Cette stratĂ©gie doit ĂȘtre coordonnĂ©e par une Ă©quipe transversale qui a une vision d'ensemble du patrimoine et de ses usages, mais surtout spĂ©cialisĂ©e dans l'ingĂ©nierie du partage, Ă  l’image du Bureau des temps Ă  Rennes. L’intensification n’est pas une action massive et descendante. C’est un travail qui commence par quelques sites expĂ©rimentaux, en dialogue avec les usagers existants et potentiels.

L’intensification nĂ©cessite donc un changement culturel global au sein de la collectivitĂ© et des usagers. Nous changeons de matiĂšre grise en misant sur l'humain plutĂŽt que le bĂ©ton. Il faut prendre le temps de diagnostiquer les usages, expĂ©rimenter, et surtout assurer une gestion de qualitĂ©. De nouvelles pratiques qui nĂ©cessiteront peut-ĂȘtre de former les utilisateurs comme les agents de la collectivitĂ©. Et si les obstacles juridiques, techniques ou financiers existent Ă  l’intensification, le plus important est sans doute culturel. Le partage des espaces est pourtant une magnifique opportunitĂ© de crĂ©er du frottement et du lien social.

— Lucie Carpentier

Pour aller plus loin :

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Envirobat Occitanie organise deux afteworks le 9 décembre à Montpellier et le 10 décembre à Toulouse pour le personnel de direction et de management du secteur du bùtiment et de l'aménagement (sur inscription). L'occasion pour Sylvain Grisot (dixit.net) et JérÎme Tougne (17Tournants) de partager leurs réflexions et d'échanger sur la redirection des modÚles économiques des acteurs de la fabrique de la ville et de présenter le parcours de formation-action qui démarrera en 2026.

À l'agenda...

  • Rencontrer la fonciĂšre solidaire Belleville Ă  la Grande Coco le mercredi 12 novembre Ă  19h, pour parler argent et bonheur avec la CrĂšmerie, cabinet de conseil en investissements responsables.
  • Discuter avec les trois fonciĂšres Terres de Liens, Cerf vert et la fonciĂšre Bellevilles Ă  Lyon le 25 novembre Ă  18h30. Pour dĂ©couvrir comment l’épargne peut devenir un moteur de transformation puissant.
  • S’inscrire au webinaire organisĂ© par Foncier-en-dĂ©bat sur les territoires littoraux, le 11 dĂ©cembre de 17h Ă  19h. Entre attractivitĂ©s, rĂ©glementations et expĂ©rimentations, ces territoires sont de vrais laboratoires fonciers.

Et maintenant vous pouvez...

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Ecoutez notre nouveau podcast sur la plateforme numĂ©rique publique Urbanvitaliz, qui aide Ă  la requalification de friches urbaines. SalomĂ© DeschĂȘnes nous explique les freins et succĂšs de cet outil.
  • Lire ce long reportage du Monde sur Lytton, ce village canadien ravagĂ© par les flammes en 2021, aprĂšs avoir connu des tempĂ©ratures de prĂšs de 50° : Â« J’en ai marre d’ĂȘtre rĂ©siliente Â».
  • Écouter ce podcast de l’Heure du Monde qui raconte le grand voyage du moustique tigre. Cette petite bĂȘte est en train de conquĂ©rir une Europe qui se rĂ©chauffe en passant par de vieux pneus, des containers et nos voitures, emportant quelques virus que l’on pensait tropicaux dans ses bagages. 
  • Lire À l’école des sentinelles. Re-faire architecture (Editions 205). Ce livre est le rĂ©cit d’une expĂ©rience pĂ©dagogique, humaine, technique et prospective. Celle d’un hĂŽtel d’une station de ski dĂ©sertĂ©e, et de sa possible rĂ©habilitation imaginĂ©e dans le cadre de la compĂ©tition Solar DĂ©cathlon Europe 2021-2022.
Le rĂ©chauffement climatique et la rarĂ©faction de la neige remettent en question le fonctionnement des stations de ski de moyenne montagne. [
] Si la fin de la pratique du ski entraine le dĂ©montage des infrastructures, les bĂątis liĂ©s Ă  ces activitĂ©s perdurent, quitte Ă  rester vides pendant des saisons entiĂšres. Parmi eux figurent de nombreux hĂŽtels, Ă©difiĂ©s au milieu du XXe siĂšcle, dont l’hĂŽtel des Deux Soeurs, au col de l’Arzelier en IsĂšre. [
] L’arrĂȘt ou la transformation des activitĂ©s risquent de les porter dans l’oubli. Il convient alors de questionner leur valeur patrimoniale, la dimension collective, sociale et mĂ©morielle de ces lieux.