đ§Â Le mĂ©tabolisme urbain peut-il faire sa transition ?
La remise du Grand Prix de lâUrbanisme Ă Sabine Barles est une magnifique occasion pour remettre le mĂ©tabolisme urbain Ă lâhonneur. Vous savez, câest cette belle parabole qui permet de prĂȘter (enfin) attention aux flux et stocks gĂ©nĂ©rĂ©s par nos villes. On y retrouve bien sĂ»r lâeau, lâĂ©nergie ou les aliments que nous consommons au quotidien, les montagnes de dĂ©chets et les tonnes de CO2 que nous rejetons. Et, une fois de plus, nous sommes comme faiseurs et faiseurs de villes Ă la tĂȘte dâune bonne part du problĂšme avec les flux de matĂ©riaux de construction et le stock massif des infrastructures et bĂątiments du dĂ©jĂ -lĂ .
MatĂ©riaux, dĂ©chets, excrĂ©tats, azote, phosphore, eaux usĂ©es⊠le mĂ©tabolisme urbain rend visible lâimpensĂ© et rend lisible les enjeux de transition. Câest une mĂ©taphore qui sâinstalle Ă la suite des travaux de Sabine et fait Ă©cole. Elle sert aujourdâhui dâĂ©tendard derriĂšre lequel se mobilise la troupe bigarrĂ©e de chercheurs et de praticiens qui regardent passer les flux et tentent de les dĂ©tourner de leur course folle.
Parce qu'il faut compter ce qui compte. Alors le mĂ©tabolisme urbain parle en kilotonnes et se donne Ă voir dans des schĂ©mas de flux intimidants. Compter, montrer, ces flux et ces stocks, câest bien sĂ»r les sortir de lâombre. Câest aussi montrer leurs impacts sociaux et Ă©cologiques, lâimportance des transitions Ă mener et les enjeux politiques et sociaux quâelles soulĂšvent.
Mais il ne suffit pas de comprendre le rĂ©el, encore faut-il agir dessus. RĂ©vĂ©ler les flux et les stocks qui font la ville montre la hauteur de la marche, et on est loin du compte. Il ne faut pas faire moins mal ce que l'on fait, il ne faut mĂȘme pas faire autrement. Il nous faut faire autre chose, changer de cap. Car, derriĂšre les tonnes qui circulent, le mĂ©tabolisme urbain montre les virages culturels et dĂ©mocratiques qu'il nous faut prendre, sans quoi les transitions urbaines resteront au stade des discours oĂč elles vĂ©gĂštent encore.
Les constats de Sabine sont sévÚres, mais son exploration des futurs possibles montre que certains sont heureux : écologiquement soutenables, socialement équitables et démocratiquement faisables. Sa transition est socioécologique, comme son métabolisme est social, territorial autant qu'urbain. C'est à ça aussi que sert la science : à nourrir le débat public, à transformer les esprits et le réel et à nous aider à faire les bons choix en nous donnant envie de changements.
Pour aller plus loin, vous pouvez Ă©couter ce portrait (lĂ©gĂšrement dĂ©calĂ©) de Sabine Barles, et surtout regarder sa trĂšs belle confĂ©rence donnĂ©e Ă l'occasion de la remise de son Grand Prix de lâUrbanisme :
â Transitions Urbaines
PS : dernier rappel pour notre Petit entretien avec Jean Louis Kerouanton, le 26 janvier Ă 18h30 Nantes (Atelier Dulcie September).
/ Les actus des Transitions Urbaines
- Le 26 janvier à 18h30 Nantes (Atelier Dulcie September) : Petit entretien avec Jean Louis Kerouanton. Sylvain échangera avec ce spécialiste du patrimoine, pour l'interroger sur ce qui fait encore patrimoine à l'heure des transitions environnementales et sociales.
- Le 12 février à 18h30 à Paris (Césure) : Petit entretien avec JérÎme Denis. Sylvain accueillera ce professeur en sociologie pour le questionner sur le soin à apporter aux choses qui nous entourent en ville.
- Nos derniÚres publications papiers disponibles dans notre librairie, et en version numérique gratuite pour nos abonnés par ici.
/ Ă l'agenda
- Le 29 janvier Ă 14h, confĂ©rence en ligne de Tiphaine RiviĂšre, autrice de la BD âLa Distinctionâ et âCarnets de thĂšseâ, pour revenir sur la mĂ©diation en image et en narration de concepts, archĂ©types et modĂšles. Une confĂ©rence organisĂ©e par le Centre Nantais de Sociologie.
- Le 3 fĂ©vrier de 14h30 Ă 16h, le rĂ©seau des acteurs de l'habitat organise un dĂ©bat sur le thĂšme « Des mÂČ Ă rĂ©inventer : le logement social Ă la reconquĂȘte de lâexistant ». Ă retrouver en ligne et en direct.
/ On aime
- Lire la tribune parue dans Le Monde sur le GIP EPAU, « Quand lâEtat sâaveugle », qui rassemble plus de 1000 signataires de tous bords, Ă©lus, chercheurs et professionnels. Et pour signer la tribune, câest par ici.
« A lâheure oĂč la recherche est appelĂ©e Ă participer Ă la coconstruction des politiques publiques, il est paradoxal de condamner lâun des lieux qui y contribue »
- Lire les voeux 2026 de lâalliance quĂ©becquoise entre professionnels de lâamĂ©nagement et de la construction. Elle appelle Ă un virage dans les politiques gouvernementales pour rĂ©orienter les choix d'amĂ©nagement.
«LâamĂ©nagement du territoire est un levier fondamental pour rĂ©pondre aux multiples enjeux qui se prĂ©sentent devant nous. Le vaste chantier national de rĂ©vision des schĂ©mas nâest que le tout dĂ©but. LâamĂ©nagement du territoire doit ĂȘtre une prioritĂ© transversale pour le gouvernement du QuĂ©bec» â Martin Lapointe, prĂ©sident, Association des amĂ©nagistes rĂ©gionaux du QuĂ©bec
- Le podcast âClimat, biodiversitĂ© : faut-il quitter la ville ?â (bien sĂ»r que non). Sylvain intervient dans cet Ă©pisode de Chaleur Humaine pour retracer les grandes dynamiques de la fabrique de la ville, ses impasses et les voies de sortie pour rendre nos villes agrĂ©ables et plus adaptĂ©es aux turbulences.
- Lire â2001 lâexplosion dâAZF, de lâusine nourriciĂšre Ă lâusine meutriĂšreâ, aux Ă©ditions Midi-PyrĂ©nĂ©ennes. Câest lâhistoire dâune usine dâengrais bĂątie dans les annĂ©es 1920 au franges de la ville rose, progressivement rattrapĂ©e par la ville qui sâĂ©tend avec voracitĂ©, qui explose violemment le 21 septembre 2001 :
« Tous ces traumatismes rĂ©vĂšlent des dysfonctionnements qui sont antĂ©rieurs Ă l'explosion. Beaucoup estiment qu'AZF n'Ă©tait qu'une bombe Ă retardement, son explosion le 21 septembre vĂ©rifiant une lente dĂ©gradation des conditions de vie dans des quartiers dont la population a Ă©voluĂ© : les ouvriers et les cadres, traditionnels occupants de ces lieux, sont partis; ils ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par des populations en situation plus prĂ©caire, notamment des immigrĂ©s, ce qui, de fait, a entraĂźnĂ© une dĂ©solidarisation entre riverains et salariĂ©s. Pire, la lĂ©gislation urbaine, si elle n'est pas arrivĂ©e Ă les protĂ©ger des risques qui les menaçaient, a eu cet effet de limiter les perspectives de revitalisation des quartiers et de participer Ă leur stigmatisation.â