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# 🏚️ La ville à l’imparfait
- URL: https://www.transitions.city/newsletter98/
- Published: 2022-06-29T08:00:25.000Z
- Updated: 2026-06-09T10:23:53.000Z
- Author: Transitions Urbaines
- Tags: la lettre des Transitions Urbaines, #Import 2023-09-02 18:39, #Import 2023-09-08 11:39, Trouver le chemin de la robustesse

Il y a plus de 20 ans, j’ai passé quelques heures à échanger avec celui qui était sans doute le dernier habitant du dernier bidonville de Marseille. Kahoul Thaïeb avait 82 ans et sa « cabane » était cernée par des logements sociaux tous neufs. Les habitants de la rue « Passe-Passe » avaient tous été relogés, et il ne restait plus que lui et sa bicoque sans eau courante. Alors que tout le quartier se lamentait sur l’ambiance perdue et les solidarités qui s’effritent, lui rappelait la réalité crue de la vie dans un bidonville :

*Moi : Les gens me disent « avant c’était mieux ! »* 
*Lui : Non ! Quel mieux ? C’était des cabanes !* 
*Moi : Ils me disent « on se voyait plus, c’était plus sympa comme ambiance »* 
*Lui : Oui, mais les uns sur les autres. Qu’est-ce que c’est bien ? C’est pas bien ! Les cabanes, qu’est-ce que c’est ? Y a les cafards, y’a les punaises, y’a de tout dedans ! Les cabanes c’est pas bon !*

Je n’ai pas suivi la suite de l’histoire de Kahoul Thaïeb, mais la fin était déjà écrite. J’espère qu’il a fait attendre le projet urbain pendant de longues années, avant de tirer sa révérence. Et puis un tractopelle est venu faire disparaître sa cabane insalubre. C’était le dernier bidonville de Marseille, sans doute un des derniers en France métropolitaine. Avant qu'ils ne reviennent.

Je me suis retrouvé quelques années après à arpenter les bidonvilles nichés dans les pentes escarpées de Mayotte. Un travail de terrain tout ce qu’il y a de plus concret, à compter les cases, recenser les habitants, repérer les fosses sèches et construire des sanitaires et des logements en dur. Une course désespérée après la misère, les marchands de sommeil, les maladies et les risques naturels. Une course perdue d’avance, mais qu’il faut à tout prix mener.

Depuis, en France métropolitaine, avec l’explosion des valeurs, les nouveaux mouvements migratoires et l’effondrement de certaines solidarités, les bidonvilles sont revenus. Ils sont revenus avec toutes les autres facettes du mal-logement qui prennent aussi de l’ampleur : squats, personnes à la rue, camps de caravanes, logements insalubres… Pour faire disparaître ces situations insupportables, encore faut-il accepter de les voir. À coup d’expulsions, de dispersions et de logements d’urgence, nous masquons le problème au lieu de le résoudre. Nous refusons de voir la ville imparfaite, de travailler avec ses défauts au lieu de la policer systématiquement. Il faudrait enfin admettre que l’intervention urbaine ne vise pas à créer la ville parfaite, finie, mais à accompagner un processus, le guider, l’améliorer. Elle doit être à l’écoute du réel, de ce qu’est la ville et non pas de ce qu’elle devrait être.

Car les solutions au mal-logement existent pourtant. Elles passent par le partage de constats objectifs d’une situation encore dégradée par la pandémie, l’investissement massif dans le logement social et les dispositifs d’accompagnement des plus fragiles, mais surtout par une priorité donnée au logement inconditionnel. Loger d’abord, tout le monde, accompagner ensuite.

La vie de millions de Français.es est bien loin des images feutrées des #écoquartiers ou des #smartcities. C’est important, c’est essentiel, c’est l’essentiel. C’est pour cela que nous donnons cette semaine la parole à Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre, qui affronte depuis des décennies ces réalités. C’est aussi pour cela que nous avons donné 1 % de notre chiffre d’affaires à la Fondation, et vous pouvez faire de même.

— Sylvain Grisot ([Twitter](https://twitter.com/SylvainGrisot?ref=transitions.city) / [Linkedin](https://www.linkedin.com/in/sylvaingrisot/?ref=transitions.city))

PS : Grande nouvelle, nous relançons la vente des jeux de la [Fresque de la Ville](https://www.fresquedelaville.fr/?ref=transitions.city) avec un nouveau tirage (par [lots de 3](https://buy.stripe.com/5kAdTh212927gSI149?ref=transitions.city) et [lots de 10](https://buy.stripe.com/7sI2azcFGemrgSI3cj?ref=transitions.city)), dans la limite des stocks disponibles. A vos fresques ! 

[![](https://www.transitions.city/content/images/2022/06/man-3328779_1280-1.jpg)](https://dixit.net/fondation-abbe-pierre/?ref=transitions.city)

La fondation Abbé Pierre est engagée dans l’accès au logement pour tous. Elle prend notamment la parole dans le débat public en publiant tous les ans un rapport sur le mal-logement, dont la parution de la 27ème édition rappelle l’immensité des besoins. Retrouvez l'échange que nous avons eu avec Christophe Robert, le directeur général de la Fondation.

[Lire et écouter l'entretien](https://www.transitions.city/fondation-abbe-pierre/)

🗓️ **Jeudi 7 juillet à Lyon**, venez assister à la conférence d'Alexandre Monnin sur "La redirection écologique, méthode de transformation de nos territoires ?" animée par Sylvain. ([Grande Porte des Alpes](https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeyLnGXArApUXEg-tddtydKC3ccGPZ2QaGu8YbelOqxptzMNQ/viewform?ref=transitions.city))

📐 **De la capacité d’une institution à agir**. Entretien avec Christine Leconte, présidente de l’Ordre des Architectes, qui plaide pour que l’habitat soit d’intérêt général et non un produit financier. La profession d’architecte a besoin de revenir au cœur de la vie publique pour fabriquer une nouvelle culture de l’habiter.

> *Je considère l’acte d’architecture comme une manière de spatialiser la démocratie. Notre rôle aujourd’hui est donc de trouver notre juste place, non au-dessus des autres mais à leurs côtés dans une forme d’agora.*

D’ailleurs, elle a écrit un [petit livre](https://www.reparonslaville.fr/?ref=transitions.city) avec Sylvain ! ([Topophile](https://topophile.net/savoir/ordre-architecture-et-democratie/?utm%5Fsource=mailpoet&utm%5Fmedium=email&utm%5Fcampaign=lt50))

🏡 **Sociabilités périurbaines**. Les banlieues, c’est pauvre, c’est triste, et il n’y a que des bagnoles. Et si on sortait un peu des clichés ? Bien sûr que l’impact écologique de ce mode d’habiter est grand, mais cela existe. Il nous faut donc maintenant faire avec et encourager les sociabilités qui s’y développent. Des transports en commun, des commerces, de la centralité, des jardins potagers, une maison en plus sur une grande parcelle... Les périurbains peuvent être les lieux de tout ça. ([Usbek & Rica](https://usbeketrica.com/fr/article/et-si-on-changeait-de-regard-sur-les-banlieues-residentielles?ref=transitions.city))

🧬 **L’ère pénurique**. La question énergétique et la sortie du fossile ne sont qu’une des facettes des redirections à mener. Olivier Hamant, avec lequel nous avions eu [un bel échange il y a quelques mois](https://www.transitions.city/olivier-hamant-ville-resiliente/), nous rappelle dans cette tribune l’importance de la crise qui touche la biodiversité et les perturbations des cycles de l’azote et du phosphore. Il tisse aussi des pistes d’action toujours inspirées du vivant, entre collaboration et décentralisation. ([Le Monde](https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/30/il-faut-que-les-politiques-regardent-en-face-l-inversion-economique-en-cours-pour-mieux-en-saisir-la-profondeur%5F6128150%5F3232.html?ref=transitions.city))

📖 ***Les fables du Belon*, d’Alexis Fichet (2022, [Editions Apogée](https://www.editions-apogee.com/urbanisme-culturel/651-fables-du-belon-les.html?ref=transitions.city))** Un petit livre de fables, ces histoires enfantines qui font réfléchir les adultes, tiré de rencontres, marches et discussions autour du Belon, une rivière bretonne. La poésie est douce, parfois comique, souvent grinçante, et invite à un regard plus humble sur notre environnement. Traduction en breton incluse. Et l’éditeur est l’un de nos favoris ;)

> *(…) Mais d’autres années passent : un couple parisien / Tombe amoureux du lieu et de son charme ancien. / Ils aiment la région et l’air de la mer, / Ils feront du moulin leur maison secondaire. / Ils feront la toiture, rénovent les vieux murs, / Installent le wifi et des spots éclairants. / Et comme ils ne viendront que quelques jours par an, / Sur tout le périmètre, ils plantent des clôtures. / Le domaine est privé, on ne s’y salue plus. / Fermé comme une coque, interdit aux passants, / Son nom est sur la carte mais il n’existe plus. / Ainsi peut disparaître un morceau du présent. / Le martin est resté, il parcourt le terrain, / Pêche quelques vairons, et salue les mésanges. / Propriété privée, cela ne lui dit rien, / Il ne fait pas de bruit, et passe comme un ange.*

> Was looking around Phoenix on google earth and found fucking plane Culs-De-Sac [pic.twitter.com/tO03osWUyV](https://t.co/tO03osWUyV?ref=transitions.city)
> 
> — Jlockk (@Jlockked) [May 8, 2022](https://twitter.com/Jlockked/status/1523146898923790336?ref%5Fsrc=twsrc%5Etfw&ref=transitions.city)

**[dixit.net](https://www.transitions.city/) est une agence de conseil et de recherche urbaine. Tous les mercredis, nous décryptons les grands enjeux de la ville et de ses transitions. Si vous la lisez pour la première fois, c'est le moment de vous [abonner à cette newsletter](https://www.transitions.city/newsletter).*

[![](https://www.transitions.city/content/images/2022/02/image.png)](https://experimentationsurbaines.ademe.fr/?ref=transitions.city)