🏰 Est-ce que tout est patrimoine ?
Qu'est-ce qui fait patrimoine dans notre environnement bâti ? Le premier article du Code du patrimoine est pour le moins ouvert : « Le patrimoine comprend l'ensemble des biens, immobiliers ou mobiliers, de propriété publique ou privée, qui présentent un intérêt historique, artistique, archéologique, esthétique, scientifique ou technique. » Toute la ville qui nous entoure peut donc relever - potentiellement - du patrimoine, pas que les traces monumentales de l'Histoire.
Puisque rien n'est prédestiné à faire patrimoine et que tout peut prétendre à l'être, qui décide de ce qui « présente un intérêt » ? C'est un croisement complexe d'expertises techniques et citoyennes (qui a le plus souvent le dernier mot), et donc un choix politique au présent. Considérer un objet bâti comme patrimonial ou pas dépend donc plus de notre capacité à lui inventer un avenir que de son passé à lui. C'est là que la notion d'héritage est peut-être moins ambiguë : on décide d'hériter (ou pas) du passé pour faire le futur.
Mais si ce qui fait patrimoine est éminemment contextuel, qu'est-ce qui se passe quand ce contexte est bouleversé ? Entre la nécessité d'épargner les ressources, de réduire les émissions de CO2 et de maintenir l'habitabilité de nos espaces urbains, tout change. Crises écologiques et transitions qui s'esquissent questionnent à la fois la façon dont on intervient sur le patrimoine pour répondre aux enjeux d'adaptation (faut-il renoncer aux toitures en zinc de Paris pour continuer à habiter sous les toits ?) et surtout ce qui fait patrimoine.
Car s'il nous faut conserver tout bâtiment qui tient debout et peut avoir une seconde vie pour épargner les ressources et réduire les émissions de CO2, est-ce que pour autant « tout est patrimoine » ? Pas nécessairement, car si tout l'est, alors plus rien ne bénéficie du régime d'exception et de l'attention spécifique portée à ce qui fait patrimoine. Il nous faut sortir des caricatures pour avancer :
- Non, ce n'est pas parce qu'un bâti n'est pas patrimonial qu'il doit être démoli sans complexe. Les enjeux de transition nous imposent de transformer par défaut ce qui peut l'être — patrimoine ou pas.
- Oui, les bouleversements que nous visons questionnent ce qui fait ou pas patrimoine. De nouveaux objets résonnent avec ce nouveau contexte, d'autres perdent l'intérêt.
- Non, le patrimoine n'est pas statique. L'adaptation impose des changements, mais le bâti patrimonial a toujours changé.
- Non, adapter n'est pas tout bouleverser. Il est souvent possible d'intervenir en respectant ce qui fait l'intérêt d'un bâti patrimonial en trouvant d'autres voies : peindre temporairement les toits en blanc, renoncer à l'isolation par l'extérieur sur certaines façades exceptionnelles…
En tout cas, le patrimoine n'est ni un sujet de vieux réac, ni un sujet d'experts. Il pose des questions démocratiques, profondément renouvelées par les enjeux de transitions. Nous avons commencé à tirer le fil de ce sujet avec Jean-Louis Kerouanton, enseignant-chercheur spécialiste du patrimoine industriel et vice-président immobilier durable à Nantes Université. À vous de l'écouter dans le podcast ci-dessous.
— Transitions Urbaines (LinkedIn)
PS : Transitions Urbaines recrute un ou une stagiaire chargé·e de plaidoyer pour rejoindre l'aventure et faire fleurir un peu plus les transitions. Envoyez vos candidatures à contact@transitions.city
🗞️ Notre actu'
- Le 12 février à 18h30 à Paris (Césure) : Petit entretien avec Jérôme Denis. Sylvain accueillera ce professeur en sociologie pour le questionner sur le soin à apporter aux choses qui nous entourent en ville.
- Notre dernière publication : Naissance d'un parc, sur les premiers apprentissages du projet urbain de l'Île de Nantes.
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📅 À l'agenda
- Le lundi 16 février à 17h et le mardi 17 février à 12h Envirobat Occitanie organise deux webinaires pour décideurs publics et privés du bâtiments, de l’aménagement ou de l’immobilier. Face aux turbulences du secteur, comment garantir la viabilité de nos modèles ? Prenez de la hauteur et engagez la transition de vos activités avec Sylvain Grisot (dixit.net) et Jérôme Tougne (17tournants).
- Le mardi 17 février à 18h30, à l’ENSA de Nantes, conférence sur le thème “Vers un urbanisme du terrestre” de Jennifer Buyck, architecte, docteur en esthétique, professeure d'urbanisme et d'aménagement de l'espace, et auteur de “La part terrestre” (éditions 205)
- Le jeudi 19 février, de 17h30 à 19h30, à Dijon, conférence “Alternatives urbaines et contestations de grands projets immobiliers” organisée par l’Ecole urbaine de Sciences Po.
- Avant le 2 mars, candidater à l’appel à projet “Thèses” de l’ADEME, pour des projets de recherche accompagnant les transitions écologiques dans les territoires.
đź’Ś On aime
- La lettre ouverte de la Fédération nationale des SCoT "Pour de la sobriété normative en matière de foncier !". 218 élus locaux et nationaux appellent à une stabilité législative en matière de trajectoire de sobriété foncière.
- “Vers la légèreté. Petite histoire énergétique des sociétés humaines” de Raphael Ménard aux éditions Wild Projects. Et si on essayait de penser le poids de nos activités humaines, en particulier l’architecture, au sens propre et non au figuré ?
“Le bâtiment le plus performant fait payer d’emblée sa vertu. (…) L’architecture-énergie reste souvent technophile (la promesse maintenant de bâtiments plus efficaces grâce à l’intelligence artificielle ?). Voilà la prochaine quête : veiller à la juste dimension de la matière ; évaluer l’impact écologique de l’édifice ; tester les temps des retours (économiques mais aussi énergétique, carbone, etc) ; interroger l’enjeu sociétal et culturel des techniques. Décidément, l’architecture-énergie est une quête de simplicité, de robustesse, de légèreté…”
- Le reportage du Monde dans l’Aude, territoire viticole aux avant postes du dérèglement climatique.
“En cette matinée aux allures d’été indien, le paysan aidé de ses parents installe un nouveau parc pour son cheptel en bordure de chênes kermès, arbustes typiques du bassin méditerrannéen. Face au déclin des vignes, les bêtes lui garantissent un revenu. “On est censés avoir un métier où on travaille avec la nature, mais on a l’impression de lutter constamment contre elle.”
- Le court reportage par le CNRS « Les sangliers arrivent en ville ». Aux portes de Bordeaux, les sangliers s’invitent en ville, provoquant inquiétude, dégradations et débats politiques. Par où passent-ils ? Pourquoi s’installent-ils ? Et comment humains et sangliers peuvent-ils coexister sans conflit ? Pour qui le sanglier est-il un problème ? Pour qui la coexistence est-elle problématique et pourquoi ?
- "Du champ à la mine : une géohistoire de la gestion des déchets à Lyon" (Métropolitiques). La gestion des ordures a souvent engendré des conflits, parfois invisibilisés. Yann Brunet étudie les politiques d’incinération des déchets de la ville de Lyon et retrace cette histoire au cours du 20ème siècle.