🦊 L'animal et la ville
La rhétorique du vivant dans la ville est désormais omniprésente. Les affiches électorales se couvrent de vert et les références aux non-humains sont partout dans les projets. Mais tout ça se résume souvent à quelques éléments qui simplifient singulièrement ce qu'est le vivant : un végétal foisonnant qui ne perd plus ses feuilles, ne tâche pas les voitures et évite de laisser tomber ses branches. C'est aussi l'invocation d'entités naturelles inoffensives qui ont la politesse de ne jamais mordre, piquer ou gratter. Ce similivivant dans la ville manque singulièrement de réalisme et ne fait pas honneur à la complexité du vivant.
Et puis il y a un oublié dans cette image. C'est l'animal.
Pourtant, pas de biodiversité sans lui laisser de la place. Et pas seulement aux animaux qui se contentent de croquettes, également aux espèces sauvages. Car accueillir le vivant dans la ville, c'est aussi accueillir ces animaux qui ne sont pas de bonne compagnie.
La discipline scientifique qu'est l'écologie nous permet de comprendre de mieux en mieux comment évolue la faune sauvage dans la ville, souvent discrète mais toujours présente. La ville agit comme un « filtre » que les humains déposent sur un écosystème. Ce filtre urbain peut nuire à certaines espèces dites spécialistes, convenir à celles plus généralistes (ou plastiques) comme le renard, et même être bénéfique pour d'autres comme les perruches.
L'écologie nous invite à transformer notre manière de penser et gérer la ville en adoptant le regard de l'animal qui l'habite ou la traverse. Comment mieux partager nos villes ? Comment percer les filtres écologiques que sont nos aménagements urbains ? Les projets urbains peuvent être l'occasion de tisser des villes plus transparentes pour l'animal, et même parfois plus accueillantes. Les écologues sont encore trop rares au sein des équipes pour aiguiller les choix de conception, mais quelques pistes se dégagent pourtant.
Il faut d'abord permettre aux animaux de circuler dans la ville. Le hérisson doit pouvoir passer sous la clôture et le renard traverser le cœur d'îlot ! Ensuite leur laisser une vraie place, avec des refuges qui ponctuent la ville : une grande friche impénétrable, de petits bosquets protégés dans un parc, des façades accueillantes pour les oiseaux et les insectes… Il faut aussi leur laisser du temps. Limiter les horaires de fréquentation de certains lieux permet aux animaux de sortir la nuit. C'est aussi jouer sur les saisons, pour respecter les périodes de nidification, de migration ou de reproduction des espèces. Accueillir le vivant, c'est donc réserver des refuges temporels et spatiaux imbriqués et complémentaires pour les animaux.
Pour creuser toutes ces questions, Sylvain Grisot a échangé avec le chercheur Paul Fenech, qui réalise sa thèse sur l'adaptation spatiale et temporelle de la faune sauvage aux milieux urbains. On vous laisse l'écouter en vidéo ou en podcast 👇.
— Transitions Urbaines (LinkedIn)
🗞️ Notre actu'
Entretien avec Isabelle Baraud-Serfaty
Le mercredi 8 avril Ă la librairie La vie devant soi (Nantes) Ă 18h30
- Le 31 mars et 1er avril, Transitions Urbaines animera deux ateliers "Fresque de la ville" au sommet ChangeNOW 2026 Ă Paris. Inscrivez-vous gratuitement.
- La collection Transitions Urbaines vient de publier ses deux premiers ouvrages aux éditions Apogée : Redirection Urbaine (Sylvain Grisot) et Trottoirs (Isabelle Baraud-Serfaty).
- Envoyez-nous vos propositions de textes pour la collection Transitions Urbaines Ă [email protected]
Nos publications sont disponibles en format papier et numérique dans notre librairie en ligne.
📅 À l'agenda
- Le 27 mars, l'ANAU organise à l'ENSA de Nantes un colloque sur "Les dessous de la ville, (in)visibiltés souterraines et sociales dans la production urbaine".
- Le jeudi 2 avril, IDHEAL et l'association AMO mettent le sujet du logement en débat : bon plan ou bon bilan ? A l'Académie du Climat ou à suivre en ligne.
- Le 14 avril, Surface + Utile co-organise un atelier débat "Comment les acteurs de l'ESS réinventent la fabrique urbaine" à la Halle des Grésillons (Paris)
- Le vendredi 17 avril, IDHEAL présente en visio les résultats de son étude "Du nouveau avec du vieux, comment produit-on des logements aujourd'hui en France ?".
- Le 25 et 26 avril, le festival VILLE(S) organise un weekend Ă Saintes pour croiser les regards des sciences humaines sur l'urbain.
- Le 11 juin se tiendront à Lyon les 5ème rencontres de la redirection écologique, pour les entreprises, collectivités et territoires face aux limites qui pourraient coopérer pour (se) rediriger. Un événement organisé par l'association Stratégie et Design pour l'Anthropocène à l'Ecole de Design STRAT de Lyon.
- Le 12 et 13 juin, toujours à Lyon, se tiendra le festival de la Cité de l'Anthropocène pour explorer les enjeux à relever et les alternatives transformatrices et créatives nées de la crise de l’habitabilité que nous traversons.
đź’Ś On aime
- Cet article de Politico "Les maires auront-ils les moyens de leurs ambitions écologiques ?" qui fait le point sur la situation financière des collectivités en matière de transition écologique.
Pour Jean-François Vigier, “il faut dire les choses” : “La transition écologique, on la fera, mais en vingt-cinq ou trente ans plutôt qu’en six.”
- Le podcast par The Urbanist (en anglais) qui montre que la construction de grosses infrastructures de résilience contre la montée des eaux peut aussi être l’occasion de repenser intelligemment le rapport à l’eau et d’initier un renouvellement urbain plus global.
- L'article de la Caisse des dépôts, qui fait utilement le point sur les différents types de "foncières", ainsi qu'on nomme à la fois Base Commune, Brownfield, TerraEco...
"La démultiplication des foncières dans le champ de la ville n’est pas neutre et appelle à une mise à plat des différentes logiques à l’œuvre. En effet, les finalités sont extrêmement diverses, de la foncière cotée qui cherche un couple rendement/risque à la fois attractif et sécurisé pour ses investisseurs, aux foncières solidaires, dont le projet d’utilité sociale prime sur la rentabilité financière."
- L'ouvrage d'Emmanuel Redoutey La Fabrique des coeurs de ville, publié par le PUCA. Il retrace la genèse et le déploiement du programme Réinventons nos coeurs de ville entre 2019 à 2024 et la manière dont il a permis la reprogrammation d’équipements désaffectés, d’immeubles vacants ou de sites bloqués de longue date.
- Le livre Ecologie urbaine. Connaissances, enjeux et défis de la biodiversité en ville, par Nathalie Machon, Francesca Di Pietro, Valérie Bertaudière-Montès, Laure Carassou, Serge Muller (dir.) (Editions Quae, 2025). PDF gratuit.
« En écologie urbaine, la ville est considérée comme un véritable écosystème, riche d’habitats originaux où coexistent humains et non-humains. Ces milieux sont soumis aux spécificités de la ville : fragmentation des habitats et diversité d’usages. Ils accueillent des assemblages d’espèces inédits et révèlent le rôle déterminant des activités humaines — de la gestion quotidienne à l’aménagement — dans les dynamiques écologiques.»
