đ Ce que les mots savent avant les plans
La crise Ă©cologique et sociale a la particularitĂ© de faire remonter nos dissensus collectifs. Nous pressentons confusĂ©ment la fin de certaines ressources, nous observons silencieusement les inĂ©galitĂ©s socio-Ă©conomiques se creuser. Le modĂšle des derniĂšres dĂ©cennies et ses promesses sâeffondrent. Et pourtant, quelque chose rĂ©siste Ă la mise en mots commune. Nous sommes incapables de faire front ensemble face Ă ce qui nous menace collectivement. Peut-ĂȘtre parce quâen quĂȘte dâĂ©mancipation et dâautonomie individuelle, nous avons perdu les liens qui nous unissent Ă une histoire, un travail, un territoire commun.
La culture pour raconter un territoire et faire projet
Les projets dâamĂ©nagement peuvent ĂȘtre le point de dĂ©part pour retisser ses liens dâappartenance Ă un territoire et mener Ă bien les transitions. Parce quâun projet dâamĂ©nagement digne de ce nom doit ĂȘtre lâoccasion de se raconter avant de construire. Non pas rĂ©citer un grand rĂ©cit salvateur, mais faire sâĂ©lever les voix multiples qui composent la mĂ©moire collective dâun lieu et sâentendre sur ce qui nous tient ensemble de lâintĂ©rieur. Comment faire concrĂštement ? Comment tenir compte de lâexistant immatĂ©riel autant que matĂ©riel au moment dâun projet ?
Une piste Ă©merge : celle de la clause culture dans les projets dâamĂ©nagement. Elle part d'un renversement de logique : faire projet non plus Ă partir de la matiĂšre, mais d'abord Ă partir de l'immatĂ©riel. Elle nâest pas une Ă©niĂšme case Ă cocher. Elle contient des mĂ©thodes, des protocoles, pour installer la culture au cĆur de l'amĂ©nagement. Une dĂ©marche culturelle qui sert Ă poser les mots dâabord, avant de dĂ©cider ce que nous voulons faire ensemble â avec celles et ceux qui sont dĂ©jĂ lĂ comme ceux qui viendront plus tard, avec ceux qui traversent ce territoire et ceux qui s'y installent.
La dĂ©marche culturelle permet de travailler une tension inhĂ©rente Ă tout projet dâamĂ©nagement : celle qui oppose la voix de la majoritĂ© aux droits des minoritĂ©s. La premiĂšre s'exprime dans les dĂ©libĂ©rations, les votes, les plans approuvĂ©s ; la seconde existe dans les marges, dans les usages discrets, dans les façons d'habiter un territoire que les outils classiques de la concertation ne savent pas capter. La dĂ©marche culturelle, parce qu'elle commence par Ă©couter avant de dĂ©cider et donne de la valeur Ă ce qui ne se quantifie pas, peut crĂ©er les conditions d'un dialogue que la procĂ©dure ou l'expertise seules ne produisent pas.
Changer les représentations pour déclencher les transitions
La seconde tension que la culture permet de surmonter, câest celle, interne et collective, entre nos besoins et nos attentes. Le besoin est mesurable, rĂ©vĂ©lĂ© dans les Ă©tudes d'usage, les diagnostics territoriaux, les tableaux de bord. L'attente, elle, est d'une autre nature : elle porte ce que nous espĂ©rons de la vie commune, ce que nous voulons transmettre, ce que nous refusons de perdre. Alors que les transitions imposent de changer profondĂ©ment nos modes de vie, y compris Ă lâĂ©chelle locale, il est indispensable dâouvrir des espaces-temps oĂč ces attentes peuvent enfin se rĂ©vĂ©ler, se nĂ©gocier, se transformer.
La clause culture nâest pas une culture de vitrine ou de patrimoine figĂ©. Câest une culture active, qui travaille les contradictions plutĂŽt qu'elle ne les dissimule. Une culture qui ose nommer ce que la politique hĂ©site encore Ă dire.
â Transitions Urbaines (LinkedIn)
PS : On se retrouve mercredi 8 avril, à 18h30 à Nantes (à la librairie La vie devant soi) pour un Petit Entretien avec Isabelle Baraud-Serfaty, qui échangers avec Sylvain de son livre Trottoirs !

đïž Notre actu'
Entretien avec Isabelle Baraud-Serfaty
Le mercredi 8 avril Ă la librairie La vie devant soi (Nantes) Ă 18h30
- Le 31 mars et 1er avril, Transitions Urbaines animera deux ateliers "Fresque de la ville" au sommet ChangeNOW 2026 Ă Paris. Inscrivez-vous gratuitement.
- La collection Transitions Urbaines vient de publier ses deux premiers ouvrages aux éditions Apogée : Redirection Urbaine (Sylvain Grisot) et Trottoirs (Isabelle Baraud-Serfaty).
Nos publications sont disponibles en format papier et numérique dans notre librairie en ligne.
đ Ă l'agenda
- Le 24 mars, Novabuild organise à Rezé la conférence RE2020 : Cap sur 2028, entre retours d'expériences et perspectives pour la réglementation environnementale des bùtiments.
- Le 27 et 28 mai Ă Tours, participer aux Rencontres Nationales de l'IngĂ©nierie Territoriale. Cet Ă©vĂ©nement rĂ©unira cadres territoriaux, experts et acteurs de terrain autour des grandes questions clĂ©s de lâadaptation au changement climatique.
- Avant le 30 juin, participer au concours vidéo "Habiter la ville" lancé par l'AIMF pour les étudiants en urbanisme, architecture, paysage, ingénierie, médias ou design
đ On aime
- L'Atlas social de la France : un outil pour de nouvelles cartographies des inégalités socio-spatiales. Il a été réalisé par un collectif pluridisciplinaire de chercheurs dans le cadre de la plateforme POPSU.
- La série d'articles d'Alexandre Monnin pour la Caisse des DépÎts, "Renoncer pour rediriger, ce que nous apprennent les territoires", qui met en lumiÚre plusieurs exemples de renoncements organisés, avant de se prendre le mur.
- Gregory et Michael racontent dans âThe true cost of recovering from the LA wildfiresâ (The Wirecutter show - en anglais) ce quâon peut apprendre dâun dĂ©sastre comme celui des incendies qui ont dĂ©vastĂ© Los Angeles, et comment sâen remettre. Leur principal conseil : investir les liens sociaux de quartier, en amont des intempĂ©ries.
- Animaux dans la ville (XIXe-XXIe siÚcle), de Patrick Matagne (LISAA éditeur).
« Des chercheurs et chercheuses de diverses disciplines croisent leurs regards sur les animaux dans la ville. Ils analysent la façon dont, du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle, les reprĂ©sentations et les interactions entre humains et non-humains Ă©voluent. Câest une invitation Ă rĂ©flĂ©chir sur notre relation avec les autres formes de vie dans des environnements urbains confrontĂ©s Ă des demandes sociales, affectives, Ă©conomiques ou Ă©cologiques en tension. »