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🎭 Ce que les mots savent avant les plans

En quoi la culture peut nous permettre de faire projet et déclencher les transitions ?
🎭 Ce que les mots savent avant les plans
Léonard de Serres

La crise Ă©cologique et sociale a la particularitĂ© de faire remonter nos dissensus collectifs. Nous pressentons confusĂ©ment la fin de certaines ressources, nous observons silencieusement les inĂ©galitĂ©s socio-Ă©conomiques se creuser. Le modĂšle des derniĂšres dĂ©cennies et ses promesses s’effondrent. Et pourtant, quelque chose rĂ©siste Ă  la mise en mots commune. Nous sommes incapables de faire front ensemble face Ă  ce qui nous menace collectivement. Peut-ĂȘtre parce qu’en quĂȘte d’émancipation et d’autonomie individuelle, nous avons perdu les liens qui nous unissent Ă  une histoire, un travail, un territoire commun. 

La culture pour raconter un territoire et faire projet

Les projets d’amĂ©nagement peuvent ĂȘtre le point de dĂ©part pour retisser ses liens d’appartenance Ă  un territoire et mener Ă  bien les transitions. Parce qu’un projet d’amĂ©nagement digne de ce nom doit ĂȘtre l’occasion de se raconter avant de construire. Non pas rĂ©citer un grand rĂ©cit salvateur, mais faire s’élever les voix multiples qui composent la mĂ©moire collective d’un lieu et s’entendre sur ce qui nous tient ensemble de l’intĂ©rieur. Comment faire concrĂštement ? Comment tenir compte de l’existant immatĂ©riel autant que matĂ©riel au moment d’un projet ?

Une piste Ă©merge : celle de la clause culture dans les projets d’amĂ©nagement. Elle part d'un renversement de logique : faire projet non plus Ă  partir de la matiĂšre, mais d'abord Ă  partir de l'immatĂ©riel. Elle n’est pas une Ă©niĂšme case Ă  cocher. Elle contient des mĂ©thodes, des protocoles, pour installer la culture au cƓur de l'amĂ©nagement. Une dĂ©marche culturelle qui sert Ă  poser les mots d’abord, avant de dĂ©cider ce que nous voulons faire ensemble — avec celles et ceux qui sont dĂ©jĂ  lĂ  comme ceux qui viendront plus tard, avec ceux qui traversent ce territoire et ceux qui s'y installent. 

La dĂ©marche culturelle permet de travailler une tension inhĂ©rente Ă  tout projet d’amĂ©nagement : celle qui oppose la voix de la majoritĂ© aux droits des minoritĂ©s. La premiĂšre s'exprime dans les dĂ©libĂ©rations, les votes, les plans approuvĂ©s ; la seconde existe dans les marges, dans les usages discrets, dans les façons d'habiter un territoire que les outils classiques de la concertation ne savent pas capter. La dĂ©marche culturelle, parce qu'elle commence par Ă©couter avant de dĂ©cider et donne de la valeur Ă  ce qui ne se quantifie pas, peut crĂ©er les conditions d'un dialogue que la procĂ©dure ou l'expertise seules ne produisent pas.

Changer les représentations pour déclencher les transitions

La seconde tension que la culture permet de surmonter, c’est celle, interne et collective, entre nos besoins et nos attentes. Le besoin est mesurable, rĂ©vĂ©lĂ© dans les Ă©tudes d'usage, les diagnostics territoriaux, les tableaux de bord. L'attente, elle, est d'une autre nature : elle porte ce que nous espĂ©rons de la vie commune, ce que nous voulons transmettre, ce que nous refusons de perdre. Alors que les transitions imposent de changer profondĂ©ment nos modes de vie, y compris Ă  l’échelle locale, il est indispensable d’ouvrir des espaces-temps oĂč ces attentes peuvent enfin se rĂ©vĂ©ler, se nĂ©gocier, se transformer.

La clause culture n’est pas une culture de vitrine ou de patrimoine figĂ©. C’est une culture active, qui travaille les contradictions plutĂŽt qu'elle ne les dissimule. Une culture qui ose nommer ce que la politique hĂ©site encore Ă  dire.

— Transitions Urbaines (LinkedIn)

PS : On se retrouve mercredi 8 avril, à 18h30 à Nantes (à la librairie La vie devant soi) pour un Petit Entretien avec Isabelle Baraud-Serfaty, qui échangers avec Sylvain de son livre Trottoirs !

Clause Culture | POLAU - pĂŽle Arts & Urbanisme
POURQUOI INVITER DES DÉMARCHES CULTURELLES AU SEIN D’OPÉRATIONS D’AMÉNAGEMENT ?Inviter l’art et la culture dans le bal des transformations et des transitions des territoires est de nature Ă  enrichir Ă  la source les projets d’architecture, d’urbanisme ou de territoire. Le «gĂ©nie» cu

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Entretien avec Isabelle Baraud-Serfaty

Le mercredi 8 avril Ă  la librairie La vie devant soi (Nantes) Ă  18h30

S'inscrire
  • Le 31 mars et 1er avril, Transitions Urbaines animera deux ateliers "Fresque de la ville" au sommet ChangeNOW 2026 Ă  Paris. Inscrivez-vous gratuitement.
  • La collection Transitions Urbaines vient de publier ses deux premiers ouvrages aux Ă©ditions ApogĂ©e : Redirection Urbaine (Sylvain Grisot) et Trottoirs (Isabelle Baraud-Serfaty).

Nos publications sont disponibles en format papier et numérique dans notre librairie en ligne.


📅 À l'agenda

  • Le 24 mars, Novabuild organise Ă  RezĂ© la confĂ©rence RE2020 : Cap sur 2028, entre retours d'expĂ©riences et perspectives pour la rĂ©glementation environnementale des bĂątiments.
  • Le 27 et 28 mai Ă  Tours, participer aux Rencontres Nationales de l'IngĂ©nierie Territoriale. Cet Ă©vĂ©nement rĂ©unira cadres territoriaux, experts et acteurs de terrain autour des grandes questions clĂ©s de l’adaptation au changement climatique.
  • Avant le 30 juin, participer au concours vidĂ©o "Habiter la ville" lancĂ© par l'AIMF pour les Ă©tudiants en urbanisme, architecture, paysage, ingĂ©nierie, mĂ©dias ou design

💌 On aime

  • L'Atlas social de la France : un outil pour de nouvelles cartographies des inĂ©galitĂ©s socio-spatiales. Il a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par un collectif pluridisciplinaire de chercheurs dans le cadre de la plateforme POPSU.
  • La sĂ©rie d'articles d'Alexandre Monnin pour la Caisse des DĂ©pĂŽts, "Renoncer pour rediriger, ce que nous apprennent les territoires", qui met en lumiĂšre plusieurs exemples de renoncements organisĂ©s, avant de se prendre le mur.
  • Gregory et Michael racontent dans “The true cost of recovering from the LA wildfires” (The Wirecutter show - en anglais) ce qu’on peut apprendre d’un dĂ©sastre comme celui des incendies qui ont dĂ©vastĂ© Los Angeles, et comment s’en remettre. Leur principal conseil : investir les liens sociaux de quartier, en amont des intempĂ©ries.
  • Animaux dans la ville (XIXe-XXIe siĂšcle), de Patrick Matagne (LISAA Ă©diteur).
« Des chercheurs et chercheuses de diverses disciplines croisent leurs regards sur les animaux dans la ville. Ils analysent la façon dont, du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle, les reprĂ©sentations et les interactions entre humains et non-humains Ă©voluent. C’est une invitation Ă  rĂ©flĂ©chir sur notre relation avec les autres formes de vie dans des environnements urbains confrontĂ©s Ă  des demandes sociales, affectives, Ă©conomiques ou Ă©cologiques en tension. Â»