😶🌫️ L'imprévisible est un commun
Nos plans s'effondrent. Nos modèles déraillent. Nos projections à vingt ans font sourire ceux qui ont vécu 2008, 2020, les canicules successives. Et pourtant nous continuons : schémas directeurs, SCoT, PLUi minutieusement calibrés, comme si la réalité avait pour vocation de se conformer à nos tableurs.
Faut-il plus de données, plus de modèles, plus de certitudes ? « Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude. » En cherchant à éliminer l'incertitude plutôt qu'à l'habiter, nous ne planifions pas l'avenir, nous planifions notre propre obsolescence.
Des villes pour un monde qui n'existe plus
Pendant des décennies, l'aménagement s'est nourri d'une illusion de stabilité : des croissances prévisibles, des populations sédentaires, des scénarios médians. Nous avons optimisé pour un monde moyen. Or le monde moyen n'existe pas. Il n'y a que des bifurcations : la zone d'activités calibrée pour les emplois d'hier, le centre commercial dépassé avant son inauguration.
La réponse convenue s'appelle résilience, le verre qui reprend sa forme après le choc. Une ville auto-organisée possède cette propriété : elle s'adapte, invente des usages que personne n'avait programmés. Mais à une condition que les zélateurs de l'ordre spontané oublient : l'auto-organisation ne produit du commun que dans un cadre public fort. Livrée au marché, elle produit de la spéculation. C'est le vrai sens des structures-supports de Yona Friedman : une infrastructure collective offerte à l'appropriation des habitants, pas un terrain de jeu pour les capitaux.
Le droit de se tromper, mais pas sur tout
Il faut nommer ce que la profession refuse d'admettre : nous avons peur de notre échec. Nous nageons dans un “déni d’incertitudes”. Nous rassurons les élus, nous livrons des plans impeccables, et nous regardons ailleurs quand la réalité ne se conforme pas au document. Or un projet qui ne peut pas échouer est un projet qui ne peut pas apprendre.
Encore faut-il distinguer. Le réchauffement, la raréfaction de l'eau, l'effondrement du vivant sont certains, annoncés depuis cinquante ans. Là, il faut plus de planification contraignante, pas moins. L'incertitude porte sur les usages, les programmes, les modes de vie, sur les formes. Être ferme sur le certain, souple sur l'incertain : c'est toute la différence entre construire pour l'imprévisible et déréguler au nom de l'imprévu.
Concrètement : des espaces conçus pour changer d'usage sans être démolis ; des fonciers soustraits au marché pour rester disponibles à ce que les habitants inventeront dans dix ans ; des documents stratégiques à architecture révisable ; des urbanismes transitoires assumés comme méthode et pas comme éclaireurs de la valorisation foncière.
Et une lucidité : l'imprévu n'est pas également distribué. Les riches s'adaptent, les pauvres absorbent. Construire pour l'incertain, c'est d'abord protéger ceux qui ne peuvent pas s'adapter seuls. Car l'imprévisible n'est pas un marché. C'est un commun. Voilà notre matière première.
— Transitions Urbaines (transitions.city)
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📅 À l'agenda
- Le 13 octobre, Ekopolis organise un webinaire « Paroles d'élus : les enjeux climatiques au cœur de l’action publique ». À travers des retours d'expérience sur des bâtiments publics et des projets de territoire, découvrez des solutions concrètes pour l'adaptation.
- Le 13 octobre à Nantes, participer aux Défis de la Construction, un jeu de plateau proposé par l'association La Fresque de la Construction pour concevoir un bâtiment de A à Z et mesurer concrètement son impact sur le carbone, les ressources et sa résilience.
- Le 14 octobre à Nantes, Plan 5 vous invite au lancement des Journées nationales de l’architecture en Pays de la Loire, consacrées cette année au thème « Réhabiliter : bâtir l’avenir ».
- Le 15 octobre, les Urbanistes des Hauts-de-France s'arrêteront à Laon, pour penser les évolutions du métier.
- Le 15 & 18 octobre à Mulhouse, ce sont les 7ᵉ rencontres nationales du mouvement pour une Frugalité heureuse et créative dans l'architecture et le ménagement des territoires.
💌 On aime
- Le webinaire de Surface+Utile, Nouvelle mandature : comment faire de l'immobilier solidaire un levier pour votre commune ?
- L'article de Métropolitiques, Intégrer un risque majeur de surchauffe urbaine dans la planification. Le changement climatique met les villes à rude épreuve et provoque des réactions politiques et techniques peu anticipées ni coordonnées. Agnès Thouvenot, élue à Villeurbanne, défend la nécessité d’intégrer la surchauffe urbaine comme un risque majeur et de modifier les habitudes de planification.
Il faut donc trouver le chemin pour que les données bioclimatiques deviennent opposables et prescriptives pour la construction des futurs programmes immobiliers ou les opérations d’aménagement. Reste à inventer les outils qui combinent les techniques du droit de l’urbanisme, les données climatiques et la géomorphologie urbaine tout en réaffirmant leur dimension politique : ceux-ci conditionnent en partie la survie dans la ville dense de demain.
- L'article De la construction neuve de masse à la réhabilitation agile du blog d'Adéquations
La filière [du neuf] et son modèle de production sont entrés dans une mutation profonde, sous l’effet d'enjeux économiques (qui s’illustrent dans un effet ciseau bien connu désormais : croissance des coûts de production d’un côté et baisse de la solvabilité des ménages de l’autre), sociaux (à travers par exemple les changements démographiques et de la composition des ménages) et environnementaux (le ZAN, qui transforme le foncier facile en ressource épuisable, en est un exemple parmi d’autres.)
- Réparer et construire la ville. Pour un renouvellement de l'offre en logement (éditions Le Moniteur & Club Ville Aménagement), par Nicolas Binet et Gwenaëlle D'Aboville. À travers des études de cas passionnantes, les auteurs décortiquent les recettes du renouvellement urbain à Marseille, Toulon, Clichy-sous-Bois...
A l'avenir, l'ensemble de nos projets devraient certainement reposer sur ces deux métiers : réparer et construire. Adossé à un troisième : la gestion !
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