🚻 Ce que la ville fait aux femmes — et ce qu'elles pourraient lui rendre
La crise écologique et sociale a la particularité de révéler ce que nous avions décidé de ne pas voir. Les villes que nous avons construites — leurs transports, leurs équipements, leurs espaces publics — ne sont pas neutres. Elles portent l'empreinte d'un modèle dominant : celui d'un habitant masculin, actif, motorisé, effectuant des trajets pendulaires entre domicile et emploi. Ce modèle a structuré durablement les choix d'aménagement. Il a produit des villes qui fonctionnent — mais pour certains, et pas pour d'autres.
Peut-on continuer à l'ignorer ? Non. Et pas seulement pour des raisons d'équité.
Concevoir pour les plus contraints, c'est mieux servir le collectif
L'urbanisme féministe n'est pas une politique de niche. C'est une boussole méthodologique. Son principe central est à la fois simple et radical : concevoir la ville à partir des besoins des usagers les plus contraints, c'est produire des espaces et des services qui servent mieux l'ensemble des usagers.
Le mécanisme est documenté. Quand une ville améliore la mobilité avec l’arrêt à la demande parce que des femmes signalent un fort sentiment d'insécurité, les bénéficiaires sont simultanément les femmes, les personnes âgées, les enfants, les commerçants, l'ensemble des usagers nocturnes. Quand on installe une crèche en pied d'immeuble pour faciliter la conciliation entre vie professionnelle et maternité, on génère une activité de rez-de-chaussée, des flux de piétons, des interactions sociales — précisément ce que Jane Jacobs identifiait comme le moteur de la vitalité urbaine. Un seul investissement, conçu pour les usagères les plus contraintes, multiplie les bénéficiaires.
Vienne l'expérimente depuis trente ans. Umeå en Suède en a fait un standard de ses services techniques. En France, Paris, Nantes, Lyon et Bordeaux ont tenté des expériences. Les outils existent. Les exemples sont là . Ce qui manque encore, c'est la commande. Une commande généreuse, empathique, attentive, ouverte, qui tend la main à la moitié de notre Humanité.
Changer le point de départ, pas le budget
Ce qui est frappant dans toutes ces expériences, c'est que l'urbanisme féministe ne demande pas nécessairement plus d'argent. Il demande un changement de point de vue. Partir des usages réels et différenciés des habitants — et non d'une norme usagère qui n'a jamais existé — suffit à produire des espaces et surtout des services d'une robustesse et d’une qualité d'usage supérieures.
La ville que nous construisons encore, pour l'essentiel, est celle du travailleur masculin des années soixante. Ses espaces publics profitent à 75 % aux hommes et ses transports ont été pensés pour des trajets linéaires, ignorant les mobilités fragmentées, multimodales, chargées d'enfants et de courses qui sont le quotidien de millions de femmes. Leur liberté de mouvement en est même entravée. Ces inégalités ne sont pas naturelles. Elles sont le produit de choix — et elles peuvent être corrigées.
À l'heure où les collectivités font face à des contraintes budgétaires croissantes, l'argument mérite d'être entendu : faire mieux avec autant. Non pas comme slogan, mais comme méthode : diagnostiquer les usages différenciés avant de concevoir. Évaluer ce qui a été livré et réintervenir si nécessaire. Former les professionnels à ces décentrements socioculturels. Inscrire ces exigences dans les cahiers des charges, pas en annexe mais au cœur du projet. Ce n'est pas une révolution. C'est un changement de regard. Et parfois, c'est suffisant pour transformer ce que la ville fait aux femmes — et ce qu'elles peuvent lui rendre.
— Transitions Urbaines (LinkedIn, Spotify, Apple Podcast, Deezer, Youtube)
Pour aller plus loin :
- L'étude de Genre et Ville pour la ville de Lyon sur l'égalité de genre dans l'aménagement urbain.
- Les travaux du Col·lectiu Punt 6 (coopérative féministe barcelonaise).
- Le rapport de l'association Womenability "Solutions pour des villes plus égalitaires".
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- Le vendredi 12 juin, lancement du festival d'idées À l’école de l’Anthropocène à Lyon. Inscrivez-vous aux nombreuses rencontres et ateliers organisés tout au long du week end pour imaginer des futurs possibles de notre société.
- Le mardi 23 juin, la tournée régionale des Urbanistes des Hauts de France se poursuit dans le Pas-de-Calais, à Lens. Cette rencontre professionnelle abordera l'adaptation des collectivités pour répondre aux risques et aux vulnérabilités auxquelles elles font face.
- Le mercredi 1 juillet, inscrivez-vous à la conférence "Aménager le pourtour méditerranéen : l'heure de la sobriété, regards croisées et retours d’expérience", à Marseille. À l'heure du ZAN et alors que l'érosion des côtes s'intensifie, l'institut de la Transition Foncière vous invite à explorer les pistes d'un aménagement adapté aux enjeux territoriaux de la région PACA.
- Le lundi 6 juillet, participez au webinaire "La planification comme levier de la décarbonation dans les territoires." organisé par la FNAU. Cette troisième rencontre met en lumière le rôle à jouer du PCAET dans la décarbonation de nos territoires.
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"En France, la vacance commerciale pointe à 11 % et la lutte s’organise : outils d’incitation, action foncière, accompagnement des commerçants, aménagement, campagne de communication… Si les résultats sont là , des obstacles structurels persistent."
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"Il est nécessaire d’accompagner les mandats climatiques de subventions importantes et de dispositifs d’appui technique, afin d’éviter l’opposition quasi-systématique entre adaptation climatique et abordabilité des logements."
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