🧬 Les leçons du vivant pour bâtir la robustesse du projet urbain
Un mot s’invite de plus en plus dans le champ de l’aménagement et de l’urbanisme : la robustesse. La revue D'Architectures y consacrait déjà tout un dossier en mars 2025, un signe que la question traverse aujourd'hui l'ensemble de la profession, de l'architecture à l'urbanisme. On emploie ce mot parfois un peu vite, alors revenons à sa source. Cette source, ce n'est pas l'urbanisme, c'est le vivant.
Le biologiste Olivier Hamant l'a popularisé dans plusieurs ouvrages qui circulent désormais bien au-delà des cercles scientifiques, comme La Troisième Voie du vivant (éditions Odile Jacob) ou Antidote au culte de la performance (collection Tracts, Gallimard). Son point de départ est simple, et tous les rapports scientifiques le confirment : le siècle qui s'ouvre sera turbulent. La seule chose dont nous soyons certains, c'est que l'incertitude va durer, et même s'intensifier. Climat, énergie, ressources, équilibres géopolitiques : nous sommes entrés, pour de bon, dans les Trente turbulentes.
Or, face à cette instabilité, nous, professionnels de la ville, avons un réflexe profondément ancré, hérité d'un demi-siècle d'optimisation : chercher la performance. Faire plus avec moins, plus vite, moins cher. Optimiser les plans, traquer le mètre carré inutile, tenir des délais et des budgets toujours plus serrés. Et c'est précisément là que le bât blesse : ce qui fait merveille dans un monde stable nous enferme, dès que tout se met à bouger, dans un sentier singulièrement étroit et terriblement fragile.
Le vivant, lui, a fait un autre pari. Il n'est jamais sélectionné sur sa performance, mais d'abord sur sa robustesse, c'est-à -dire sa capacité à rester stable à court terme et viable à long terme, malgré les fluctuations de son environnement. Il y parvient avec tout ce que notre culture de l'efficacité réprouve : de la lenteur, de la redondance, de l'hétérogénéité, des marges, une part d'incohérence assumée. La robustesse, autrement dit, c'est presque l'envers exact de la performance et c'est justement ce qui permet de tenir dans la durée. Vivre, résume Olivier Hamant, c'est être vulnérable. Ce qu'il nous propose, ce n'est donc ni tout à fait le développement durable, ni simplement la décroissance. C'est une troisième voie : faire de nos faiblesses une force, et renouer le projet humain avec celui des autres vivants.
Comment appliquer cette même stratégie de robustesse dans nos projets urbains ? C'est la question que Pauline Ouvrard et Yvan Okotnikoff ont creusé dans une discussion avec Olivier Hamant, organisée en public à l’école d’architecture de Nantes, à l’invitation de la SAMOA et en partenariat avec Transitions Urbaines et le studio Oulieupo de l’ensa Nantes. À (ré)écouter dans notre podcast 👇
— Transitions Urbaines (LinkedIn, Spotify, Apple Podcast, Deezer, Youtube)
📨 Une lettre qui parait (à peu près) tous les mercredis à laquelle vous pouvez vous abonner gratuitement.
📚 Des livres au format papier et numérique que vous pouvez commander chez votre libraire ou dans notre librairie en ligne.
🎙️ Un podcast avec celles et ceux qui font déjà la ville autrement, à retrouver sur Spotify, Apple Podcast, Deezer, Youtube ou via RSS.
Pour soutenir notre action, vous pouvez aussi faire un don défiscalisé à notre association ! 💸
🗞️ Notre actu'
📅 À l'agenda
- Le 6 & 7 juillet, les Journées d'études Maintenir Bâtir (CSI Mines & SCAU Architecture). Ces journées interrogent le rôle de la maintenance dans la vie du bâti, remettent en question la séparation entre conception et entretien, et retrace la présence parfois ancienne de la maintenance en architecture, du côté de la théorie comme des pratiques pédagogiques.
- Avant le 31 juillet, inscrivez-vous au séminaire d'études à Bruxelles organisé par l'Ecole du Renouvellement Urbain début octobre, "Faire projet pour retisser une ville fragmentée".
- Du 9 au 15 septembre, le colloque de Cerisy sera dirigé par Hiba DEBOUK, Karine HUREL, Nils LE BOT et Pauline SIROT sur le thème "Demain, le périurbain : territoires ressources et imaginaires renouvelés".
- Le 16 septembre, venez découvrir tous les secrets de l'économie circulaire lors de la 5e Journée Francilienne de l'Économie Circulaire dans le bâtiment et l'aménagement. Organisé par l'association Ekopolis, rendez-vous dans les locaux de Césure à Paris.
đź’Ś On aime
- L'épisode "Lien ville-campagne, fabriquer la résilience alimentaire territoriale" du podcast Nouvelles voies urbaines, explore de nouvelles alternatives pour renforcer le lien entre riverains et monde agricole.
- L'article "Pour un urbanisme favorable la santé", de la revue Diagonale, qui décrit les objectifs et politiques publiques actuelles mises en place.
"Au-delà des projets eux-mêmes, cette première saison a surtout permis d’acculturer les collectivités à ces nouvelles approches. Nature en ville, mobilités actives ou encore vulnérabilités socio-économiques et environnementales : les expérimentations ont notamment permis de développer interventions et outils remobilisables et de partager méthodes et connaissances pour mieux ancrer l’approche “Urbanisme Favorable à la Santé” tout au long des projets." - Le livre Tout voiture, synthétique et percutant, par Ludovic Bu (éditions Rue de l'échiquier), qui propose un état des lieux et surtout de nombreuses pistes de solutions issues de son expérience d'élu local et de comparaisons internationales.
"Alors que faire ? Pour garantir le report modal, et donc un effet sur le climat, il faudrait corréler le bon d'achat ou l'aide à l'abonnement aux transports en commun avec l'abandon d'une voiture, et l'engagement de ne pa en racheter dans les deux ou trois ans, par exemple. Cela se pratique à Bruxelles depuis plus d'une décennie, avec la prime Mobilités Burxell'Air. Barcelone a suivi cette voie : tout habitant qui "abandonne sa voiture se voit offrir trois ans d'abonnement aux transports en commun. Dans ce cadre, le report modal est évident, l'usager passe de la voiture, qu'il n'a plus, au transport public." - Le très joli documentaire de France TV "France il était une fois demain" qui nous plonge dans une France utopique de 2100.
🤝 Nos partenaires

