🍰 Villes et santé, tarte à la crème ?
La crise sanitaire de 2020 a révélé ce que nous avions décidé de ne pas voir : le logement, le quartier, la morphologie urbaine ne sont pas neutres du point de vue de la santé. Hygiénisme du XIXᵉ siècle, Haussmann, les grandes lois sanitaires… le lien entre cadre bâti et santé est devenu une évidence de tribune. Une « tarte à la crème », disent certains collègues. Trop vaste. Trop consensuel. Trop rebattu.
Le sujet est-il bien traité pour autant ? Non. Ce que cache la formule, c'est une confusion entre la notoriété d'un enjeu et la maturité de son traitement.
Ce que l'on mesure et ce que l'on rate
La recherche sur les déterminants spatiaux de la santé s'est concentrée sur ce qui se mesure : pollution, bruit, îlots de chaleur, accès aux espaces verts. C'est réel, mais insuffisant. La définition adoptée par l'OMS est autrement plus vaste : « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Elle inclut le sentiment de sécurité, la lisibilité d'un espace, la qualité des relations de voisinage, l'attachement au lieu… Des dimensions que les épidémiologistes peinent à quantifier et que les acteurs de la fabrique de la ville façonnent pourtant chaque jour, sans protocole d'évaluation.
Cet angle mort n'est pas anecdotique. Mortalité prématurée, diabète, troubles anxieux et dépressifs... les écarts entre configurations spatiales sont significatifs, reproductibles et partiellement attribuables à la qualité des environnements construits. C'est là que la compétence des architectes et des urbanistes qui travaillent les dimensions qualitatives de l'espace serait la plus précieuse. Elle est malheureusement trop souvent absente. Non par désintérêt, mais par défaut d'outillage.
Changer le point de départ et pas rajouter une matière
Trois lacunes pénalisent ce chantier. La première est opérationnelle : il n'existe pas d'outils robustes pour intégrer les dimensions sanitaires dans les décisions de conception. Les outils existants sont soit sectoriels comme les grilles acoustiques ou les diagnostics de marchabilité, soit trop généraux comme les labels qui diluent la santé parmi d'autres critères. Le saut entre la démonstration épidémiologique et la décision programmatique n'est pas fait.
La deuxième est pédagogique. Les écoles d'architecture forment des professionnels dont près de 40 % exercent en collectivités, dans les service de l'État, en maîtrise d'ouvrage. Ils structurent le cadre de vie de millions de personnes. Or rien ne les forme à lire une étude épidémiologique, ni à traduire un déterminant psychosocial en programme.
La troisième est interdisciplinaire. Les épidémiologistes documentent, mais ne conçoivent pas. Les médecins de santé publique recommandent, mais ne savent pas écrire un règlement d'urbanisme. Les aménageurs conçoivent sans évaluer. Cette interdisciplinarité n'est pas acquise. Elle est à construire.
En France, l'expérimentation Expé URBA SanTé de l'ADEME, conduite dans dix territoires, a livré les enseignements de sa première saison début 2026. Ce qui manque, c'est le passage à la méthode : diagnostiquer les effets sanitaires avant de concevoir, évaluer ce qui a été livré, former les professionnels, inscrire ces exigences au cœur des cahiers des charges. Ce n'est pas une révolution. C'est un changement de regard. Et c'est peut-être suffisant pour transformer ce que l'espace fait à la santé et ce que les aménageurs, enfin outillés, pourraient lui rendre.
— Transitions Urbaines (transitions.city)
Pour aller plus loin :
- le projet Expé URBA sanTé de l'ADEME
- Le réseau français des Villes-santé
- Les ressources produites par l'OMS sur la planification urbaine et la santé humaine
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📅 À l'agenda
- Du 9 septembre au 31 octobre, visiter l'exposition Grenoble 2040, le temps d'après, un voyage temporel qui explore un « futur désirable » pour le territoire.
- Le 17 septembre, en ligne : Séminaire Récolte 2026 “Gérer l’eau en tant que collectivité locale, quel levier représente le foncier agricole ?” organisé par la Fédération nationale Terre de Liens et l’INRAE en partenariat avec l’ADEME et la MACIF.
- Le 25 septembre à Aubervilliers, le département de Seine Saint Denis organise une journée de conférences et de visites pour réfléchir à ses espaces publics.
- Le 1er octobre, La Place de l'Urbain Souhaitable et Soutenable (PLUSS) aura lieu à Villeurbanne. Ateliers, conférences, visites de terrain : découvrez la journée dédiée à celles et ceux qui fabriquent l'urbain souhaitable et soutenable.
- Le 8 octobre au Lieu Unique (Nantes), Camille de Toledo et Laurent Bonneau présentent la BD Une fabuleuse histoire de l'avenir, qui livre une réflexion sur la question des droits de la nature dans le prolongement de l'International des rivières.
đź’Ś On aime
- Le témoignage d'Adrien Guionie, assistant social et bénévole : Derrière les grilles du parc des expositions de Bordeaux, paru dans la revue de Didier Dubasque.
Les catastrophes naturelles ne révèlent pas seulement la puissance du feu. Elles révèlent aussi la solidité ou la fragilité de nos organisations. Car derrière chaque plan de crise, il y a des personnes âgées qui attendent un coussin pour respirer, une famille qui cherche ses proches, un bénévole qui continue malgré l’épuisement. C’est cela que je voulais raconter.
- Frictions Caniculaires, une série de podcasts produits par Nantes Futurable, pour écouter la chaleur autrement, entre récits, fictions et regards scientifiques sur nos territoires.
- Cet article du New York Times : entre crise du logement, désaffection pour les bureaux et opportunités fiscales, à New York les transformations de bureaux en logement se multiplient et représentent désormais plus d’un tiers des créations de logements. C'est donc possible.
Since 2023, the city has permitted at least 19,700 units to be created through conversion projects, more units than were approved in such projects between 2010 and 2022, according to data collected by The Times. Many of the homes added in recent years are in large-scale projects across Manhattan.
- Les chemins des projets alimentaires territoriaux, un ouvrage dirigé par Serge Bonnefoy et Christine Margetic aux éditions PUR.
La transformation de l'alimentation est une transformation de ces relations, donc de notre rapport au monde (...). Si nous avons besoin d'un débat citoyen pour repenser nos systèmes alimentaires, aujourd'hui à la croisée des chemins, c'est à l'échelle locale que ce débat peut s'initier. Les territoires, à la fois espaces où l'on vit et dont on vit (Latour, 2021), sont une échelle pertinente pour de tels débats.
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