🌳 Arroser devant sa porte
L'arbre est l'un des grands chantiers de la redirection de nos villes, devenu un étendard politique consensuel dans de nombreuses métropoles. Atténuation, biodiversité, bien-être... Depuis la multiplication des coups de chaud, il s'inscritsurtout dans une stratégie d'adaptation urgente à l'échelle locale : sa canopée projette de l'ombre, son système d'évapotranspiration diminue significativement les températures et les sols désimperméabilisés infiltrent les pluies violentes. Ces superpouvoirs ne s'exercent cependant pas à n'importe quelles conditions. Or ces questions passent souvent inaperçues derrière des annonces chiffrées un peu simplistes.
L'arbre en ville, un superhéros en camisole
Pour profiter des feuilles « d'un million d'arbres » dans sa ville, encore faut-il que leurs racines puissent se développerdans un sol de qualité, vivant et poreux. Inutile de préciser que les sols urbains, recouverts de bitume, criblés de réseaux souterrains et souvent pollués, n'offrent pas des conditions de croissance idéales. Les arbres ne sont en réalité que la partieémergée de l'iceberg. Car outre l'espace, c'est aussi l'accès à l'eau qui pénalise les végétaux en ville : celle-ci est avalée goulûment par les canalisations. Or sans eau, pas de transpiration, et donc moins d'effet rafraîchissant.
Enfin, un arbre tout seul n'a pas beaucoup de sens. C'est leur masse et la continuité du couvert qui forment une canopée urbaine efficace. Les arbres sont comme les pièces d'un gigantesque puzzle, qui ne prennent sens qu'une fois emboîtées. Or les arbres sont souvent dispersés et isolés, répartis tant sur l'espace public que dans les jardins privés, échappant ainsi aux politiques publiques.
L'arbre comme patrimoine commun
Comment, alors, déployer et entretenir une canopée urbaine ? Chaque arbre devient un petit bout d'un patrimoine collectif dont nous portons tous la responsabilité : celle d'offrir de l'ombre à nos voisins, mais aussi à nos enfants dans les décennies à venir. Et si la gestion des arbres ne revenait pas uniquement aux propriétaires des biens immobiliers auxquels ils sont juridiquement rattachés ? À chacun de prendre soin de l'arbre de son voisin, ou d'arroser celui qui est devant sa porte.
Pour autant, protéger ne signifie pas sanctuariser. Comme une vraie forêt, une forêt urbaine doit accepter que certains arbres meurent pour laisser place à d'autres. Les essences elles-mêmes devront évoluer pour s'adapter au stress hydrique et thermique. Il ne s'agit pas de planter des palmiers venus d'Espagne, mais de diversifier les essences, d'ici et d'ailleurs, pour « ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier », puisqu'on ignore ce que sera le climat de demain. En gardant à l'esprit que la beauté et la robustesse naîtront de cette diversité face aux incertitudes.
Nous avons échangé avec François Freytet, le « monsieur arbre » de Nantes Métropole, pour évoquer l'avenir de l'arbre en ville. On vous laisse découvrir cet échange 👇.
— Transitions Urbaines (transitions.city)
Pour aller plus loin :
- L'ouvrage De l'arbre en ville à la forêt urbaine (éditions Quae).
- L'association nantaise Repousse, une pépinière d'initiative citoyenne.
- Trente ans pour la canopée lyonnaise, par Frédéric Ségur.
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📚 Des livres au format papier et numérique que vous pouvez commander chez votre libraire ou dans notre librairie en ligne.
🎙️ Un podcast qui donne la parole à celles et ceux qui font déjà la ville autrement, à retrouver sur Spotify, Apple Podcast, Deezer, Youtube ou via RSS.
🗣️Des rencontres pour dialoguer avec des faiseurs et des faiseuses de ville.
📅 À l'agenda
- Le 24 septembre, le POLAU organise la première rencontre "Faire école des sols vivants", en partenariat avec la Cie Mycélium, à Saint Pierre des Corps.
- Le 26 septembre, marchons partout en France pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale.
- Le 30 septembre, les Rencontres nationales de la sobriété foncière, organisées par l'Institut de la Transition foncière, se tiendront à Paris sur le thème "Le maire et la terre" pour éclairer le lien que les élus entretiennent aux sols de leurs territoires et les leviers pour agir. On s'y retrouve ?
- Du 9 septembre au 31 octobre, visiter l'exposition Grenoble 2040, le temps d'après, un voyage temporel qui explore un « futur désirable » pour le territoire.
- Le 1er octobre, La Place de l'Urbain Souhaitable et Soutenable (PLUSS) aura lieu à Villeurbanne. Ateliers, conférences, visites de terrain... une journée dédiée à celles et ceux qui fabriquent l'urbain souhaitable et soutenable. Nous y serons pour présenter l'ouvrage Nouvelle Donne Foncière !
💌 On aime
- Le podcast de l'Heure du Monde sur nos forêts qui brûlent.
- L'article Déphaser la disponibilité de l’eau des précipitations en milieu urbain : une solution d’adaptation au changement climatique de l'Institut Paris Région, qui questionne le stockage et l'usage des eaux de pluie comme réponse aux sécheresses de plus en plus fréquentes avec le réchauffement climatique.
Pour préserver la ressource en eau et restaurer les cycles de l’eau urbains, il faut surtout travailler sur la complémentarité des solutions et leur adaptabilité aux différents contextes et aux événements climatiques à venir.
- L'article de l'ADEME sur la rénovation d'un collège dans la Meuse face à la surchauffe estivale.
La nuit, lorsque l’air extérieur se rafraîchit, une ventilation naturelle traversante évacue la chaleur accumulée dans la journée et refroidit la structure. L’air entre par différentes façades et traverse le bâtiment. Pour maintenir cette circulation lorsque les portes des classes sont fermées, des grilles ou volets de transfert d’air sont intégrés entre les espaces.
- L'ouvrage Is a river alive? A journey with water, par Robert Macfarlane (Penguin). Un récit de voyage au fil de cours d'eau menacés, voire condamnés pour répondre à une question essentielle : est-ce que les rivières sont vivantes ? C'est tout sauf une question théorique, car ici et là certaines voient leur personnalité juridique reconnue, permettant de défendre leurs droits et de changer les regards.
If you find it hard to think of a river as alive, try picturing a dying river or a dead river. This is easier. We know what this looks like. We know how it feels. A dying river is one who does not reach the sea. A dying river's fish float belly-up in stagnant pools. Swans in the upper River Thames now wear brown tidemarks on their snowy chest feathers, showing where they have sailed through sewage. In the 1930s and 194Os, the Don River in Toronto suffered such contamination from the oil refineries on its banks that it twice caught fire and burned. In the 1990s, Lake Ontario was so chemically polluted that it was possible to develop photographic film by dipping it into a bucket of lake water. In the autumn of 2023, a funeral was held for Lough Neagh, Northern Ireland's biggest waterbody: black-clad mourners bore a coffin to the shore of the lough, whose water was stinking and dog-killing from the toxic algal blooms that had spread across it.
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