🌱 Sols majeurs
Le calendrier a parfois une brutalité éloquente. Le 14 avril 2026, l’Assemblée nationale votait la loi de simplification de la vie économique qui tente d'affaiblir l’objectif de Zéro Artificialisation Nette. Ce texte – qui est désormais entre les mains du Conseil Constitutionnel – prévoit que les collectivités peuvent dépasser de 20 % leurs objectifs de consommation foncière et que certains projets industriels dits d’intérêt national majeur soient purement exclus du décompte. Ce recul n’est pas une surprise, mais il est dommage et dommageable. D’autant plus qu’il “introduit du désordre là où les élus locaux ont construit, depuis trois ans, de la cohérence.”
Il y a dans notre rapport aux sols une forme de déni collectif. On sait que l’artificialisation progresse en France 4 fois plus vite que la croissance démographique depuis les années 1980. On sait qu’en Europe 1 500 km² de nature disparaissent chaque année. Et pourtant, la tendance ne s’inverse pas. L’urbanisme moderne est fondamentalement extractiviste en traitant les sols comme une ressource passive, simple support d’une croissance supposée désirable. La densification, censée corriger l’étalement urbain, ne fait souvent qu’en déplacer les effets : gentrification des centres, standardisation des formes urbaines, éviction des classes populaires vers des périphéries de plus en plus lointaines. Il est urgent de changer de modèle.
Le numéro 122 de la revue des Annales des Mines “Préserver les sols”, coordonné par Sarah Dubeaux (déléguée générale du LIFTI) ne pouvait pas mieux tomber. Il précise les contours théoriques et opérationnels de ce nouveau partage des sols et rentre dans toute la complexité de ses outils, en donnant la parole à des chercheurs, des élus, des praticiens. Il esquisse même un contre-projet politique concret — d’autant plus urgent que le vote du 14 avril rappelle avec quelle facilité on sacrifie les sols au nom de la simplification.
Dans l’un des articles de ce numéro, Patrick Henry y plaide pour un renversement conceptuel : passer à “l’intractivisme”. En un mot, c’est adopter une culture de l’attention. Une attention aux sols dans leur épaisseur et leur complexité, aux existants — bâtiments, paysages, mémoires — comme aux besoins réels des populations. Le territoire n’est plus une surface à optimiser, mais un réseau de relations à entretenir. Comment y parvenir ? La protection des sols est d’abord une question de droit et de gouvernance. Ni la propriété privée ni la propriété collective n’ont su éviter les désastres écologiques. Il nous faut autre chose : des fiducies foncières communautaires, des statuts de terres inaliénables, des servitudes écologiques. C’est aussi une question d’outils économiques et fiscaux : une comptabilité intégrant bilans carbone et indicateurs de santé des sols dans toute décision d’aménagement.
— Transitions Urbaines (LinkedIn)
Pour aller plus loin :
- "Préserver les sols", ainsi que tous les numéros de la revue des Annales des Mines, sont en accès libre sur leur site.
- "L'horizon commun, explorer les potentiels de la sobriété foncière" de Patrick henry dans la collection Transitions Urbaine, disponible en format numérique (gratuit) ou papier (7€).

🗞️ Notre actu'
- (Ré)écouter notre podcast avec l'économiste-urbaniste Isabelle Baraud-Serfaty, sur le trottoir comme symbole des transitions à mener.
- La collection Transitions Urbaines vient de publier ses deux premiers ouvrages aux éditions Apogée : Redirection Urbaine (Sylvain Grisot) et Trottoirs (Isabelle Baraud-Serfaty).
- Envoyez-nous vos propositions de textes pour la collection Transitions Urbaines Ă [email protected]
Toutes nos publications sont disponibles en format papier et numérique dans notre librairie en ligne.
📅 À l'agenda
- Le 27 avril à l'Académie du Climat (et à distance), Surface + utile propose l'événement « Donner une utilité sociale à la vacance immobilière » pour explorer, comparer et détailler les différents modèles économiques et juridiques des utilisations d'immeubles vacants.
- Avant le 18 mai, répondez à l'appel à propositions d'articles de recherche lancé par la fondation AIA pour sa prochaine publication sur "l'(in)hospitalité des villes."
- A partir de 19 mai, l'Atelier des Transitions Urbaines organise plusieurs ateliers autour des enjeux de la construction et de l'aménagement durable. Le premier atelier propose la réalisation d'une Fresque des Infrastructures.
- Du 26 au 29 mai à Paris, l’Inalco et Sciences Po organisent une école de printemps interdisciplinaire consacrée aux futurs urbains et aux défis de la résilience dans un contexte de crises environnementales, sociales et géopolitiques. Entre approche académique et expériences de terrain.
đź’Ś On aime
- Les "chroniques d'un mandat" de @Mathilde Roussel sur Linkedin, pour partager son expérience depuis sa fin de mandat en tant qu'élue à La Rochelle. Episode 1 : de la cantine à la filière locale.
"J'ai eu envie de profiter de cet entre-deux pour partager les projets, pour laisser une trace aussi, et témoigner de la richesse de cette expérience, et enfin pour donner envie à d’autres de participer à l’action publique. Partager non pas des bilans, mais des actions, réalisées ou en devenir. Des projets concrets, des apprentissages, des choix politiques, des réussites, des questions aussi."
- L'interview de l'économiste Olivier Bouba-Olga dans Alternatives Economiques qui invite à passer d'une logique "d'attractivité territoriale" à celle "d'habitabilité territoriale" centrée sur les besoins spécifiques des habitants actuels dans un contexte de changement climatique.
"Le vrai sujet n’est donc pas de se demander comment enrayer cette baisse (de population) à tout prix, mais plutôt de réfléchir à ce que l’on fait face à cette situation. Mon point de vue est qu’il faut sortir d’une logique exclusivement centrée sur l’attractivité, qui est devenue inopérante pour de nombreux territoires. Il faut se recentrer sur les besoins fondamentaux des habitants et réfléchir à la manière d’y répondre de façon intelligente, en les associant aux décisions. Cela implique un changement de perspective. Si ce changement n’a pas lieu, le ressentiment continuera de croître, avec des conséquences politiques évidentes."
- La série de courts épisodes philosophiques de France culture consacré au mot "transition", examiné sous toutes les coutures par Frédéric Worms.
- Le livre "Paris ville Free" de Soline Nivet (369 éditions).
"À Paris, le fournisseur d’accès à internet et opérateur téléphonique Free est devenu un acteur central en déployant son propre réseau d’infrastructures techniques et des programmes architecturaux médiatisés. Cet essai parcourt une série de lieux aménagés par le groupe : points de raccordement à la fibre optique, antennes-relais 5G, centres de données, école de codage, logements, bureaux et incubateur. Il étudie et cartographie ces architectures concrètes de l’économie numérique, dans leurs formes et leurs fonctionnements, des plus discrètes aux plus visibles."
